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    <title>Carnets</title>
    <link>https://blog.de-lacom.be/</link>
    <description>Ouais c’est un nom temporaire, faut bien commencer quelque part hein.</description>
    <pubDate>Tue, 28 Apr 2026 12:29:22 +0000</pubDate>
    <item>
      <title>Juste écouter</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/juste-ecouter</link>
      <description>&lt;![CDATA[Toutes les discussions ne sont pas des réunions desquelles doivent sortir des solutions. Quelques notes à moi-même pour ne pas oublier de, parfois, juste écouter.&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Un mec. Ingé en plus. Ce n&#39;est pas tout ce que je suis, mais ce serait malhonnête de croire que ça n’occupe pas une place importante. Alors oui, quand une autre personne me parle d’un truc qui ressemble à un problème, mon cerveau est ainsi fait qu’instinctivement je cherche à le résoudre. Ça part d’une bonne intention, bien sûr, c’est chouette de vouloir aider ! Mais vous savez ce qu’on en dit, des bonnes intentions.&#xA;&#xA;On a besoin de se plaindre. Ça arrive. On a besoin d’espaces d’écoute, de confiance. De pouvoir vider son sac. Besoin de partager nos émotions, de sortir les choses, tant pis si elles sont un peu en vrac ou pas bien dites — et puis, qui peut décider de comment elles devraient l’être ? Les pensées s’affinent au fur et à mesure qu’elles se bousculent.&#xA;&#xA;*Tout n’est pas un problème ; tous les problèmes n’ont pas besoin d’être résolus ; encore moins résolus maintenant, et pas plus par moi.*&#xA;&#xA;Parfois, il faut juste écouter.&#xA;&#xA;J’y pense, alors je l’écris pour m’en souvenir. Et puisque c’est écrit, autant le partager : si ça permet à ne serait-ce qu’un·e autre, un peu trop mec, un peu trop ingé, de s’en rendre compte, ce ne sera pas perdu.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Toutes les discussions ne sont pas des réunions desquelles doivent sortir des solutions. Quelques notes à moi-même pour ne pas oublier de, parfois, juste écouter.</p>



<p>Un mec. Ingé en plus. Ce n&#39;est pas <em>tout</em> ce que je suis, mais ce serait malhonnête de croire que ça n’occupe pas une place importante. Alors oui, quand une autre personne me parle d’un truc qui ressemble à un problème, mon cerveau est ainsi fait qu’instinctivement je cherche à le résoudre. Ça part d’une bonne intention, bien sûr, c’est chouette de vouloir aider ! Mais vous savez ce qu’on en dit, des bonnes intentions.</p>

<p>On a besoin de se plaindre. Ça arrive. On a besoin d’espaces d’écoute, de confiance. De pouvoir vider son sac. Besoin de partager nos émotions, de sortir les choses, tant pis si elles sont un peu en vrac ou pas bien dites — et puis, qui peut décider de comment elles devraient l’être ? Les pensées s’affinent au fur et à mesure qu’elles se bousculent.</p>

<p><strong>Tout n’est pas un problème ; tous les problèmes n’ont pas besoin d’être résolus ; encore moins résolus <em>maintenant</em>, et pas plus <em>par moi</em>.</strong></p>

<p>Parfois, il faut juste écouter.</p>

<p>J’y pense, alors je l’écris pour m’en souvenir. Et puisque c’est écrit, autant le partager : si ça permet à ne serait-ce qu’un·e autre, un peu trop mec, un peu trop ingé, de s’en rendre compte, ce ne sera pas perdu.</p>
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      <guid>https://blog.de-lacom.be/juste-ecouter</guid>
      <pubDate>Thu, 02 Apr 2026 17:05:59 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>L’hypocrisie et l’opportunisme comme stratégie politique</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2026-02-19-lhypocrisie-et-lopportunisme-comme-strategie-politique</link>
      <description>&lt;![CDATA[Jean-Michel Aulas nous avait déjà habitué à faire campagne à grand renfort de mensonges ; il a passé un nouveau cap dans l’outrance.image titre&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;smallPréambule qui ne devrait pas être nécessaire, mais je connais mes adversaires : je condamne sans équivoque le fait de frapper à mort une personne à terre, de qui que cela vienne./small&#xA;&#xA;Actu Lyon, qui s’est joint depuis plusieurs jours au triste spectacle de l’exploitation d’une tragédie prévisible par la presse locale (à l’exception notable de Rue89Lyon dont je salue à nouveau le travail), a publié une tribune de Jean-Michel Aulas. J’y trouve suffisamment de problèmes pour souhaiter y répondre.&#xA;&#xA;  Aucun jeune homme, aucune jeune fille ne devrait devenir un nom dans un journal.&#xA;&#xA;Aucun journal ne devrait fabriquer ainsi des noms. La presse a un rôle essentiel en démocratie : ce rôle n’est pas d’entretenir l’indignation, et manipuler l’information en se faisant relais de la communication des groupes d’extrême droite. C’est pourtant bien ce qui s’est passé ces derniers jours : alors que les déclarations du procureur étaient prudentes, alors que les faits n’étaient pas établis, alors que seules existaient les déclarations péremptoires des nationalistes de Némésis, plusieurs ont publié et publié encore, jetant de l’huile sur le feu. Des dizaines d’articles parus depuis jeudi sont factuellement faux.&#xA;&#xA;  Aucune mère, aucun père ne devrait avoir à pleurer le meurtre de son enfant.&#xA;&#xA;C’est vrai. Et c’est pour cela qu’il serait parfaitement inconcevable d’honorer aujourd’hui publiquement une personne qui — et ça n’enlève rien à l’injustice terrible qu’est son décès — souhaitait précisément faire pleurer des mères et des pères du meurtre de leur enfant. Parce qu’il n’avait pas la bonne couleur de peau, la bonne religion, la bonne orientation sexuelle. Car c’est bien ce que veulent les néo-nazis.&#xA;&#xA;  Le meilleur moyen de témoigner aujourd’hui notre respect aux parents de Quentin, c’est sans nul doute d’entendre l’appel au calme qu’ils ont lancé.&#xA;&#xA;Le meilleur moyen de témoigner aujourd’hui notre respect aux parents de Quentin, c’est d’arrêter de placarder le nom de leur fils partout et de l’utiliser comme arme politique. Je ne doute pas qu’ils souffrent déjà assez d’une part de sa mort, d’autre part de la découverte des idées sordides pour lesquelles il avait choisi de se battre.&#xA;&#xA;  Ce drame marquera durablement notre ville.&#xA;&#xA;Notre ville est déjà marquée durablement par la violence de l’extrême droite qui s’y déploie depuis des années. Je salue à nouveau le travail de Rue89Lyon (ici Marie Allenou) qui en a livré un inventaire partiel : en 15 ans, Lyon a souffert de dizaines d’attaques et d’agressions par des groupes d’extrême droite (en plus des dégradations &amp; co). Souvent revendiquées, rarement condamnées.&#xA;&#xA;  À l’heure où, déjà, les professionnels de la polémique ont repris du service pour troubler les hommages à Quentin, je souhaite que Lyon soit à la hauteur.&#xA;&#xA;À Lyon, le terme « professionnel de la polémique » ne s’applique aujourd’hui mieux à personne d’autre que Jean-Michel Aulas et son porte-flingue Pierre Oliver. Jeter un coup d’œil à l’excellent site Lyon Pipeau (qui n’épargne personne) suffit pour un aperçu rapide du triste étalage de mensonges qu’ils appellent campagne municipale. L’utilisation faite aujourd’hui d’une tragédie ne dénote malheureusement pas dans ce tableau.&#xA;&#xA;  Par ce symbole, Lyon n’honorera pas seulement la mémoire d’un de ses fils : elle marquera son refus implacable de la violence et de la haine.&#xA;&#xA;Mourir pour ses idées, fussent-elles (justement) de violence et de haine, ne devrait arriver à personne. De là à honorer la mémoire d’un néonazi qui appliquait lesdites idées dans la rue, il y a un sacré pas que la capitale de la Résistance ne devrait pas faire ; sauf à vouloir à nouveau installer le siège de la Gestapo à Sciences Po Lyon.&#xA;&#xA;  Car la condamnation totale, absolue, sans nuance ni réserve, de la violence physique ne suffira pas.&#xA;&#xA;C’est le rôle des pouvoirs publics d’agir, pas seulement pour condamner cette violence mais bien pour l’empêcher. Empêcher les attaques de bars et de lieux culturels, empêcher les ratonnades, empêcher que soient agressées des personnes dans la rue simplement pour ce qu’elles sont. Ce rôle, les pouvoirs publics ne l’ont pas assumé pendant des années ; les conséquences sont là, et il y aurait déjà eu de nombreux autres décès à déplorer s’il n’y avait pas eu une large réponse citoyenne pour se protéger de la violence des groupes d’extrême droite.&#xA;&#xA;  La violence politique n’est jamais un accident isolé : elle est l’aboutissement d’un climat, d’une lâcheté, d’une accoutumance. Les coups ne naissent pas dans le vide. Ils s’enracinent dans des imaginaires saturés d’hostilité, dans des mots qui déshumanisent, dans des représentations qui transforment l’adversaire en ennemi à abattre.&#xA;&#xA;Qui se filme en train de tirer à l’arme à feu ? Qui déshumanise systématiquement ses cibles ? Qui parle d’un « grand remplacement » fantasmé, dans lequel certaines personnes valent moins que les autres, jusqu’à ne plus être considérées comme des êtres humains ?&#xA;&#xA;  Nous en sommes aujourd’hui arrivés au point où l’on se demande si la vie humaine a la même valeur pour tous. Si la compassion dépend d’une étiquette. Si l’indignation varie selon l’orientation politique de la victime.&#xA;&#xA;Magnifique but contre ton camp, Jean-Michel. Alors que cela fait des semaines que refroidit le corps d’Ismaël Aali, mort à 20 ans parce que pas assez blanc ? Alors qu’il y a eu bien peu de compassion pour Aboubakar Cissé, 22 ans, quand il était lardé de coups de couteaux devant sa mosquée en 2025 ? Et je n’en cite que deux. Eux aussi avaient un père, une mère. Mais eux n’étaient pas blancs. En France, on le constate effectivement, les cadavres ont une couleur et une valeur ; toutes les morts n’ont pas le droit à la même indignation. Parce que le racisme est bien ancré dans ce pays.&#xA;&#xA;  Responsables politiques, élus, militants, éditorialistes, influenceurs : chacun a désormais une part de responsabilité dans le climat que nous contribuons à façonner.&#xA;&#xA;Ici nous sommes d’accord. La responsabilité est immense, le traitement médiatique et les réactions politiques de ces derniers jours l’illustrent tristement. Mais tout ça n’a pas commencé en février 2026, et c’est là où l’hypocrisie devient massive. Je n’en dis pas plus, il suffit de citer — encore — Rue89Lyon : Jean-Michel Aulas, tes supporters craignos, ça commence à se voir (2018, en accès libre).&#xA;&#xA;  Il est dorénavant de notre responsabilité de choisir clairement un camp. Car il n’y a que deux camps.&#xA;&#xA;Effectivement. Le fascisme a mis l’Europe à feu et à sang au milieu du siècle dernier et s’est depuis décliné en de multiples avatars ; il revient au goût du jour un peu partout, modifié et renforcé par les changements du monde. Il est ici porté par Bolloré et consorts, là-bas par Trump, il s’appelle ailleurs Poutine ou Khomeini. Et face au fascisme, oui, il y a deux camps. Il y a celles et ceux qui y trouvent leur compte, l’aident ou le laissent faire ; et puis il y a celles et ceux qui s’y opposent. Je sais ce que je choisis.&#xA;&#xA;  Soit nous réapprenons à nous opposer sans nous haïr, à débattre sans nous détruire, à convaincre sans désigner des cibles. Soit nous capitulons devant la violence en la laissant prendre possession de nos rues, de nos esprits, de nos vies.&#xA;&#xA;Faisons comme ça. Et commençons par ne pas tomber dans le piège de ceux qui, précisément, n’ont de cesse de vouloir fracturer la nation en prêchant la haine et le rejet au service du suprémacisme blanc. Laisser faire la justice ; ne laisser impunies ni les attaques de locaux, ni les injures et menaces de mort ou de viol subies à gauche depuis des jours. Et ne pas laisser tout ce que l’Europe compte de groupes néofascistes manifester à Lyon ce samedi.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Michel Aulas nous avait déjà habitué à faire campagne à grand renfort de mensonges ; il a passé un nouveau cap dans l’outrance.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20260219.png#hidden" alt="image titre"></p>



<p><small>Préambule qui ne devrait pas être nécessaire, mais je connais mes adversaires : je condamne sans équivoque le fait de frapper à mort une personne à terre, de qui que cela vienne.</small></p>

<p>Actu Lyon, qui s’est joint depuis plusieurs jours au triste spectacle de l’exploitation d’une tragédie prévisible par la presse locale (à l’exception notable de Rue89Lyon dont je salue à nouveau le travail), a publié <a href="https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/lyon_69123/jean-michel-aulas-j-appelle-le-maire-de-lyon-a-afficher-le-portrait-de-quentin-sur-l-hotel-de-ville_63864363.html">une tribune de Jean-Michel Aulas</a>. J’y trouve suffisamment de problèmes pour souhaiter y répondre.</p>

<blockquote><p>Aucun jeune homme, aucune jeune fille ne devrait devenir un nom dans un journal.</p></blockquote>

<p>Aucun journal ne devrait fabriquer ainsi des noms. La presse a un rôle essentiel en démocratie : ce rôle n’est pas d’entretenir l’indignation, et manipuler l’information en se faisant relais de la communication des groupes d’extrême droite. C’est pourtant bien ce qui s’est passé ces derniers jours : alors que les déclarations du procureur étaient prudentes, alors que les faits n’étaient pas établis, alors que seules existaient les déclarations péremptoires des nationalistes de Némésis, plusieurs ont publié et publié encore, jetant de l’huile sur le feu. Des dizaines d’articles parus depuis jeudi sont factuellement faux.</p>

<blockquote><p>Aucune mère, aucun père ne devrait avoir à pleurer le meurtre de son enfant.</p></blockquote>

<p>C’est vrai. Et c’est pour cela qu’il serait parfaitement inconcevable d’honorer aujourd’hui publiquement une personne qui — et ça n’enlève rien à l’injustice terrible qu’est son décès — souhaitait précisément faire pleurer des mères et des pères du meurtre de leur enfant. Parce qu’il n’avait pas la bonne couleur de peau, la bonne religion, la bonne orientation sexuelle. Car c’est bien ce que veulent <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Comit%C3%A9_du_9-Mai">les néo-nazis</a>.</p>

<blockquote><p>Le meilleur moyen de témoigner aujourd’hui notre respect aux parents de Quentin, c’est sans nul doute d’entendre l’appel au calme qu’ils ont lancé.</p></blockquote>

<p>Le meilleur moyen de témoigner aujourd’hui notre respect aux parents de Quentin, c’est d’arrêter de placarder le nom de leur fils partout et de l’utiliser comme arme politique. Je ne doute pas qu’ils souffrent déjà assez d’une part de sa mort, d’autre part de la découverte des idées sordides pour lesquelles il avait choisi de se battre.</p>

<blockquote><p>Ce drame marquera durablement notre ville.</p></blockquote>

<p>Notre ville est déjà marquée durablement par la violence de l’extrême droite qui s’y déploie depuis des années. Je salue à nouveau le travail de Rue89Lyon (ici Marie Allenou) qui en a livré un inventaire partiel : en 15 ans, Lyon a souffert de <a href="https://www.rue89lyon.fr/2025/10/13/data-70-violences-extreme-droite-radicale-restent-impunies-lyon/">dizaines d’attaques et d’agressions par des groupes d’extrême droite</a> (en plus des dégradations &amp; co). Souvent revendiquées, rarement condamnées.</p>

<blockquote><p>À l’heure où, déjà, les professionnels de la polémique ont repris du service pour troubler les hommages à Quentin, je souhaite que Lyon soit à la hauteur.</p></blockquote>

<p>À Lyon, le terme « professionnel de la polémique » ne s’applique aujourd’hui mieux à personne d’autre que Jean-Michel Aulas et son porte-flingue Pierre Oliver. Jeter un coup d’œil à l’excellent site <a href="https://www.lyonpipeau.fr/">Lyon Pipeau</a> (qui n’épargne personne) suffit pour un aperçu rapide du triste étalage de mensonges qu’ils appellent campagne municipale. L’utilisation faite aujourd’hui d’une tragédie ne dénote malheureusement pas dans ce tableau.</p>

<blockquote><p>Par ce symbole, Lyon n’honorera pas seulement la mémoire d’un de ses fils : elle marquera son refus implacable de la violence et de la haine.</p></blockquote>

<p>Mourir pour ses idées, fussent-elles (justement) de violence et de haine, ne devrait arriver à personne. De là à honorer la mémoire d’un néonazi qui appliquait lesdites idées dans la rue, il y a un sacré pas que la capitale de la Résistance ne devrait pas faire ; sauf à vouloir à nouveau installer le siège de la Gestapo à Sciences Po Lyon.</p>

<blockquote><p>Car la condamnation totale, absolue, sans nuance ni réserve, de la violence physique ne suffira pas.</p></blockquote>

<p>C’est le rôle des pouvoirs publics d’agir, pas seulement pour condamner cette violence mais bien pour l’empêcher. Empêcher les attaques de bars et de lieux culturels, empêcher les ratonnades, empêcher que soient agressées des personnes dans la rue simplement pour ce qu’elles sont. Ce rôle, les pouvoirs publics ne l’ont pas assumé pendant des années ; les conséquences sont là, et il y aurait déjà eu de nombreux autres décès à déplorer s’il n’y avait pas eu une large réponse citoyenne pour se protéger de la violence des groupes d’extrême droite.</p>

<blockquote><p>La violence politique n’est jamais un accident isolé : elle est l’aboutissement d’un climat, d’une lâcheté, d’une accoutumance. Les coups ne naissent pas dans le vide. Ils s’enracinent dans des imaginaires saturés d’hostilité, dans des mots qui déshumanisent, dans des représentations qui transforment l’adversaire en ennemi à abattre.</p></blockquote>

<p>Qui se filme <a href="https://blogs.mediapart.fr/sophie-tregan/blog/011225/alice-cordier-sa-notion-geometrie-variable-de-la-violence">en train de tirer à l’arme à feu</a> ? Qui déshumanise systématiquement ses cibles ? Qui parle d’un « grand remplacement » fantasmé, dans lequel certaines personnes valent moins que les autres, jusqu’à ne plus être considérées comme des êtres humains ?</p>

<blockquote><p>Nous en sommes aujourd’hui arrivés au point où l’on se demande si la vie humaine a la même valeur pour tous. Si la compassion dépend d’une étiquette. Si l’indignation varie selon l’orientation politique de la victime.</p></blockquote>

<p>Magnifique but contre ton camp, Jean-Michel. Alors que cela fait des semaines que refroidit le corps d’Ismaël Aali, <a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/hommage-a-ismael-20-ans-retrouve-mort-dans-un-etang-du-rhone-victime-d-un-meurtre-a-possible-caractere-raciste-3288039.html">mort à 20 ans parce que pas assez blanc</a> ? Alors qu’il y a eu bien peu de compassion pour Aboubakar Cissé, 22 ans, <a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/assassinat-dans-une-mosquee-du-gard/aboubakar-cisse-tue-dans-une-mosquee-le-suspect-a-ete-mis-examen-pour-assassinat-a-raison-de-la-race-ou-de-la-religion-et-incarcere_7237641.html">quand il était lardé de coups de couteaux devant sa mosquée en 2025</a> ? Et je n’en cite que deux. Eux aussi avaient un père, une mère. Mais eux n’étaient pas blancs. En France, on le constate effectivement, les cadavres ont une couleur et une valeur ; toutes les morts n’ont pas le droit à la même indignation. Parce que le racisme est bien ancré dans ce pays.</p>

<blockquote><p>Responsables politiques, élus, militants, éditorialistes, influenceurs : chacun a désormais une part de responsabilité dans le climat que nous contribuons à façonner.</p></blockquote>

<p>Ici nous sommes d’accord. La responsabilité est immense, le traitement médiatique et les réactions politiques de ces derniers jours l’illustrent tristement. Mais tout ça n’a pas commencé en février 2026, et c’est là où l’hypocrisie devient massive. Je n’en dis pas plus, il suffit de citer — encore — Rue89Lyon : <em><a href="https://www.rue89lyon.fr/2018/09/25/olympique-lyonnais-les-debordements-se-poursuivent-en-tribunes/">Jean-Michel Aulas, tes supporters craignos, ça commence à se voir</a></em> (2018, en accès libre).</p>

<blockquote><p>Il est dorénavant de notre responsabilité de choisir clairement un camp. Car il n’y a que deux camps.</p></blockquote>

<p>Effectivement. Le fascisme a mis l’Europe à feu et à sang au milieu du siècle dernier et s’est depuis décliné en de multiples avatars ; il revient au goût du jour un peu partout, modifié et renforcé par les changements du monde. Il est ici porté par Bolloré et consorts, là-bas par Trump, il s’appelle ailleurs Poutine ou Khomeini. Et face au fascisme, oui, il y a deux camps. Il y a celles et ceux qui y trouvent leur compte, l’aident ou le laissent faire ; et puis il y a celles et ceux qui s’y opposent. Je sais ce que je choisis.</p>

<blockquote><p>Soit nous réapprenons à nous opposer sans nous haïr, à débattre sans nous détruire, à convaincre sans désigner des cibles. Soit nous capitulons devant la violence en la laissant prendre possession de nos rues, de nos esprits, de nos vies.</p></blockquote>

<p>Faisons comme ça. Et commençons par ne pas tomber dans le piège de ceux qui, précisément, n’ont de cesse de vouloir fracturer la nation en prêchant la haine et le rejet au service du suprémacisme blanc. Laisser faire la justice ; ne laisser impunies ni les attaques de locaux, ni les injures et menaces de mort ou de viol subies à gauche depuis des jours. Et ne pas laisser tout ce que l’Europe compte de groupes néofascistes manifester à Lyon ce samedi.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2026-02-19-lhypocrisie-et-lopportunisme-comme-strategie-politique</guid>
      <pubDate>Thu, 19 Feb 2026 14:09:30 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Réponse à Pierre Oliver</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2026-02-11-reponse-a-pierre-oliver</link>
      <description>&lt;![CDATA[Le maire du 2ᵉ arrondissement de Lyon est en campagne électorale, et apparemment tous les coups sont permis. Comme je n’aime pas trop être attaqué personnellement, je prends le temps de répondre.image titre&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;On m’a envoyé une vidéo publiée par Pierre Oliver sur son compte Instagram, dans laquelle il croit montrer une collusion entre l’actuel exécutif municipal lyonnais et un collectif militant, et où j’apparais à plusieurs reprises ; venant d’un type qui ment sur le prix des billets TCL, raconte tellement n’importe quoi que même Lyon Capitale fustige ses « pseudo polémiques créées de toute pièce » et fait campagne avec des anciens du FN, vous comprendrez que je m’agace un peu.&#xA;&#xA;Je m’appelle Charles de Lacombe, j’ai commencé à militer à Lyon en 2018 en rejoignant une organisation qui s’appelait « Alternatiba ANV Rhône » (aujourd’hui Action Justice Climat Lyon) au moment des marches pour le climat qui ont suivi la démission de Nicolas Hulot. Sans faire un CV exhaustif ou un manifeste politique complet, je vais dire que j’ai participé à pas mal d’actions militantes — des manifs à la désobéissance civile, en passant par un procès qui s’est terminé par une relaxe — et que j’ai eu la chance d’être formé à travers de nombreuses rencontres à beaucoup de sujets. J’aurais du mal à me décrire aujourd’hui avec l’étiquette « écolo », et je le dis clairement : je ne suis pas, je n’ai jamais été, adhérent au parti Les Écologistes (ex. EELV) ni n’en suis compagnon de route. Pour autant, j’y ai évidemment des camarades, comme j’en ai dans tous les partis de gauche, dans plusieurs syndicats, et dans bien d’autres organisations.&#xA;&#xA;Faux bitume, vrai mensonge&#xA;&#xA;Ma première apparition dans la vidéo de Pierre Oliver concerne une action qui a eu lieu le 22 mars 2023. Menée par Alternatiba ANV Rhône, c’était une mise en scène au second degré parfaitement assumé : de faux travaux de « dé-piétonisation » de la rue Victor Hugo, pour dénoncer l’opposition de certains élus au projet de Zone à Trafic Limité sur la Presqu’île. On aurait pu faire la même action sur les berges du Rhône ; leur piétonisation dans les années 2000 a suscité les mêmes levées de bouclier, et vouloir revenir dessus aujourd’hui serait parfaitement ridicule. C’est très clair lorsqu’on lit l’article du Progrès au sujet de l’action. Bonus : il y a mon interview complète — j’étais porte-parole pour l’action — et tout ça est expliqué plus longuement (le message, les raisons derrière le choix de ce mode d’action, ainsi que les critiques vis-à-vis du projet estimé pas assez ambitieux).&#xA;&#xA;Contrairement à ce qu’avance Pierre Oliver avec une vidéo tronquée, personne n’a voulu faire croire à l’existence d’un projet de réouverture à la circulation de zones aujourd’hui piétonnes. Ça n’est pas le premier de ses mensonges, et ça ne sera sans doute pas le dernier.&#xA;&#xA;Bobards &amp; garde à vue&#xA;&#xA;Deuxième apparition : devant le commissariat du 2ᵉ arrondissement de Lyon, après le décrochage dans une mairie du portrait d’Emmanuel Macron. Je ne sais plus si la photo montrée date du vendredi 22 février ou du mardi 26. En revanche, une chose est sûre : à ce moment, Grégory Doucet n’est pas une personnalité publique, il n’est pas candidat à la mairie de Lyon et encore moins en campagne. Ce jour-là, il fait simplement partie de celles et ceux qui ont répondu à un appel public, large, pour soutenir une personne en garde à vue, et je l’en remercie — je sais ce que c’est que d’avoir un comité d’accueil à la sortie, surtout quand on vient de recevoir une convocation à un procès. Et effectivement, il y a eu des photos. D’ailleurs je ne suis pas méga présentable dessus, c’est dire le niveau de la mise en scène.&#xA;&#xA;Contrairement à ce qu’avance Pierre Oliver, Grégory Doucet ne s’est pas « fait prendre en photo avec des responsables » d’une association ; mais l’image est régulièrement agitée comme un hochet par des personnes qui aiment bien raconter des bobards. Comme Pierre Oliver, donc.&#xA;&#xA;Les affiches de la discorde&#xA;&#xA;Terminons avec cette histoire d’affiches. Pour l’instant, la seule effectivement réalisée par Action Justice Climat Lyon informait du lancement de la campagne contre Jean-Michel Aulas le 3 février, ça n’est pas exactement un mystère. Les autres montrées par Pierre Oliver dans sa vidéo viennent du projet Jean-Michel Hélas, ça fait plusieurs mois qu’elles circulent et je ne sais pas qui est derrière. Ça vous étonne, vous, qu’il puisse y avoir plusieurs initiatives contre un multimillionnaire qui préfère les paradis fiscaux aux services publics ? En tout cas, ce qui sera fait dans le cadre d’une campagne menée par deux collectifs bien identifiés sera assumé — ça donnera l’occasion à Pierre Oliver de s’énerver pour de bonnes raisons, cette fois.&#xA;&#xA;Concernant les autres allégations de la vidéo, je renvoie au communiqué publié par Action Justice Climat Lyon il y a quelques jours. Rien à ajouter. Pendant que Pierre Oliver se battra contre des moulins qui n’existent que dans son imagination, je vais continuer à bosser avec les personnes qui essaient de rendre la vie meilleure là où elles peuvent.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Le maire du 2ᵉ arrondissement de Lyon est en campagne électorale, et apparemment tous les coups sont permis. Comme je n’aime pas trop être attaqué personnellement, je prends le temps de répondre.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20260211.png#hidden" alt="image titre"></p>



<p>On m’a envoyé une vidéo publiée par Pierre Oliver <a href="https://www.instagram.com/reel/DUlWirmDNzp/">sur son compte Instagram</a>, dans laquelle il croit montrer une collusion entre l’actuel exécutif municipal lyonnais et un collectif militant, et où j’apparais à plusieurs reprises ; venant d’un type qui <a href="https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/lyon_69123/lyon-tarifs-des-tcl-fake-news-bruno-bernard-recadre-sechement-pierre-oliver_63049828.html">ment sur le prix des billets TCL</a>, raconte tellement n’importe quoi que même Lyon Capitale fustige ses <a href="https://www.lyoncapitale.fr/actualite/la-nouvelle-infox-de-la-droite-lyonnaise-sur-les-pompiers-bloques-rue-de-la-republique">« pseudo polémiques créées de toute pièce »</a> et <a href="https://www.leprogres.fr/politique/2025/10/11/valentin-lugenstrass-tacle-la-presence-d-anciens-fn-rn-au-cote-de-pierre-oliver-soutien-de-jean-michel-aulas">fait campagne avec des anciens du FN</a>, vous comprendrez que je m’agace un peu.</p>

<p>Je m’appelle Charles de Lacombe, j’ai commencé à militer à Lyon en 2018 en rejoignant une organisation qui s’appelait « Alternatiba ANV Rhône » (aujourd’hui Action Justice Climat Lyon) au moment des marches pour le climat qui ont suivi la démission de Nicolas Hulot. Sans faire un CV exhaustif ou un manifeste politique complet, je vais dire que j’ai participé à pas mal d’actions militantes — des manifs à la désobéissance civile, en passant par un procès qui s’est terminé par une relaxe — et que j’ai eu la chance d’être formé à travers de nombreuses rencontres à beaucoup de sujets. J’aurais du mal à me décrire aujourd’hui avec l’étiquette « écolo », et je le dis clairement : je ne suis pas, je n’ai jamais été, adhérent au parti Les Écologistes (ex. EELV) ni n’en suis compagnon de route. Pour autant, j’y ai évidemment des camarades, comme j’en ai dans tous les partis de gauche, dans plusieurs syndicats, et dans bien d’autres organisations.</p>

<h2 id="faux-bitume-vrai-mensonge">Faux bitume, vrai mensonge</h2>

<p>Ma première apparition dans la vidéo de Pierre Oliver concerne une action qui a eu lieu le 22 mars 2023. Menée par Alternatiba ANV Rhône, c’était une mise en scène au second degré parfaitement assumé : de faux travaux de « dé-piétonisation » de la rue Victor Hugo, pour dénoncer l’opposition de certains élus au projet de Zone à Trafic Limité sur la Presqu’île. On aurait pu faire la même action sur les berges du Rhône ; leur piétonisation dans les années 2000 a suscité les mêmes levées de bouclier, et vouloir revenir dessus aujourd’hui serait parfaitement ridicule. C’est très clair lorsqu’on lit <a href="https://www.leprogres.fr/transport/2023/03/22/pietonnisation-de-la-presqu-ile-a-lyon-et-si-la-rue-victor-hugo-etait-a-nouveau-ouverte-a-la-circulation-des-voitures">l’article du Progrès</a> au sujet de l’action. Bonus : il y a mon interview complète — j’étais porte-parole pour l’action — et tout ça est expliqué plus longuement (le message, les raisons derrière le choix de ce mode d’action, ainsi que les critiques vis-à-vis du projet estimé pas assez ambitieux).</p>

<p>Contrairement à ce qu’avance Pierre Oliver avec une vidéo tronquée, personne n’a voulu faire croire à l’existence d’un projet de réouverture à la circulation de zones aujourd’hui piétonnes. Ça n’est pas le premier de ses mensonges, et ça ne sera sans doute pas le dernier.</p>

<h2 id="bobards-garde-à-vue">Bobards &amp; garde à vue</h2>

<p>Deuxième apparition : devant le commissariat du 2ᵉ arrondissement de Lyon, après le décrochage dans une mairie du portrait d’Emmanuel Macron. Je ne sais plus si la photo montrée date du <a href="https://reporterre.net/Un-militant-d-ANV-COP21-en-garde-a-vue-pour-avoir-decroche-le-portrait-de">vendredi 22 février</a> ou du <a href="https://reporterre.net/Fanny-militante-du-climat-a-ete-liberee-apres-9-h-de-garde-a-vue-Son-crime">mardi 26</a>. En revanche, une chose est sûre : à ce moment, Grégory Doucet n’est pas une personnalité publique, il n’est pas candidat à la mairie de Lyon et encore moins en campagne. Ce jour-là, il fait simplement partie de celles et ceux qui ont répondu à un appel public, large, pour soutenir une personne en garde à vue, et je l’en remercie — je sais ce que c’est que d’avoir un comité d’accueil à la sortie, surtout quand on vient de recevoir une convocation à un procès. Et effectivement, il y a eu des photos. D’ailleurs je ne suis pas méga présentable dessus, c’est dire le niveau de la mise en scène.</p>

<p>Contrairement à ce qu’avance Pierre Oliver, Grégory Doucet ne s’est pas « fait prendre en photo avec des responsables » d’une association ; mais l’image est régulièrement agitée comme un hochet par des personnes qui aiment bien raconter des bobards. Comme Pierre Oliver, donc.</p>

<h2 id="les-affiches-de-la-discorde">Les affiches de la discorde</h2>

<p>Terminons avec cette histoire d’affiches. Pour l’instant, la seule effectivement réalisée par Action Justice Climat Lyon informait du <a href="https://www.actionjusticeclimatlyon.fr/agenda/soiree-lancement-campagne-avec-locataires-ensemble">lancement de la campagne contre Jean-Michel Aulas</a> le 3 février, ça n’est pas exactement un mystère. Les autres montrées par Pierre Oliver dans sa vidéo viennent du projet <a href="https://www.jean-michel-helas.com/">Jean-Michel Hélas</a>, ça fait plusieurs mois qu’elles circulent et je ne sais pas qui est derrière. Ça vous étonne, vous, qu’il puisse y avoir plusieurs initiatives contre un multimillionnaire qui préfère <a href="https://www.rue89lyon.fr/2026/01/20/rue89lyon-relaxe-les-aulas-condamnes/">les paradis fiscaux</a> aux services publics ? En tout cas, ce qui sera fait dans le cadre d’une campagne menée par deux collectifs bien identifiés sera assumé — ça donnera l’occasion à Pierre Oliver de s’énerver pour de bonnes raisons, cette fois.</p>

<p>Concernant les autres allégations de la vidéo, je renvoie au <a href="https://www.actionjusticeclimatlyon.fr/article/mensonges-et-attaques-des-libertes-associatives-par-coeur-lyonnais-mise-au-point-par-action-justice-climat-lyon-et-locataires-ensemble">communiqué</a> publié par Action Justice Climat Lyon il y a quelques jours. Rien à ajouter. Pendant que Pierre Oliver se battra contre des moulins qui n’existent que dans son imagination, je vais continuer à bosser avec les personnes qui essaient de rendre la vie meilleure là où elles peuvent.</p>
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      <guid>https://blog.de-lacom.be/2026-02-11-reponse-a-pierre-oliver</guid>
      <pubDate>Wed, 11 Feb 2026 13:08:53 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Bazarder Grok, X et Musk avec</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-11-21-bazarder-grok-x-et-musk-avec</link>
      <description>&lt;![CDATA[Le robot conversationnel intégré au joujou du néonazi le plus riche du monde écrit des textes négationnistes et ça mérite quelques clarifications.image titre&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Préambule : je suis résolument opposé à l’industrie de l’IA générative, qui vole, exploite, détruit, ment, est insoutenable que ce soit écologiquement ou économiquement. Je veux évoquer dans ce billet un aspect un peu plus spécifique, sur le principe même des chatbots dopés aux LLM.&#xA;&#xA;Cette semaine, plusieurs posts mettant en cause la réalité des meurtres de masse commis par les nazis dans les camps d’extermination, et plus particulièrement de la Shoah, ont suscité une indignation parfaitement justifiée. Inutile de détailler les propos : le négationnisme est une abjection et quiconque verse là-dedans se disqualifie. Rappel au passage que personne ne fait ça par erreur ; la réponse à l’antisémitisme est &#xA;un combat politique, pas du fact-checking — c’est valable pour tous les sujets dont se servent les fascistes, cf. les travaux de Marie Peltier et d’autres.&#xA;&#xA;Antisémitisme « artificiel »&#xA;&#xA;La particularité de ces posts ? Ils ont été faits par Grok, le robot conversationnel intégré à X (que certains persistent à appeler Twitter pour éviter de regarder la réalité en face). Plus précisément, des utilisateurs antisémites ont posé des questions chargées idéologiquement et la machine a fait son boulot en répondant.&#xA;&#xA;C’est à cela que sert un LLM : générer du texte statistiquement cohérent avec ce qu’on lui a donné en entrée. Dans le cas d’un chatbot comme Grok ou ChatGPT, ça se passe dans le cadre d’une conversation simulée ; « ce qu’on lui a donné en entrée » correspond à trois choses : la question posée (le prompt), du contexte supplémentaire (le reste de la conversation par exemple), et les instructions internes (system prompt) qui régissent son comportement, rédigées par l’entreprise qui gère le système.&#xA;&#xA;Ces instructions internes ne sont en général pas publiques, mais fuitent assez régulièrement quand des gens parviennent à manipuler les chatbots. Enfin, c’est un peu compliqué de s’assurer que c’est vraiment le system prompt, et comme les entreprises aux commandes peuvent à tout moment changer ces instructions, tout ça n’a guère de sens — à part qu’on peut constater que les personnes qui les rédigent n’ont à peu près aucune idée de ce qu’elles font et tâtonnent en permanence pour essayer de faire des trucs qui fonctionnent à peu près.&#xA;&#xA;C’est en tout cas ce jeu d’instructions qui permet (plus ou moins efficacement) d’empêcher la génération de certains types de contenus, par exemple illégaux ou à caractère sexuel, ou de ne pas encourager l’utilisateur·ice à se faire du mal (ça ne fonctionne pas très bien). Les boîtes qui contrôlent les robots conversationnels définissent la façon dont ils se comportent, ce qui pose déjà pas mal de questions en général, en les laissant décider de ce qui est acceptable (ce qui est déjà le cas avec les règles de publication sur les réseaux sociaux comme Instagram, où un téton est outrageux ou non selon qu’il est considéré comme masculin ou féminin). Ces règles ne sont en outre jamais infaillibles, et sont parfois même carrément faites pour favoriser certains types de contenus… ce qui nous ramène à Grok.&#xA;&#xA;Au service secret de sa Muskité&#xA;&#xA;Grok, c’est xAI qui décide de son jeu d’instructions. xAI, c’est-à-dire Elon Musk, le néonazi le plus riche du monde, enfin l’homme le plus riche du monde tout court. Elon Musk, au sujet duquel dire qu’il a tendance à utiliser le pouvoir que lui donne sa montagne de thunes pour faire avancer ses idées est un euphémisme qui ferait frémir l’IGPN. X et Grok, indissociables, sont à son service ; les travaux de David Chavalarias à ce sujet sont particulièrement éclairants. C’est là qu’il pousse toute la journée ses idées politiques (et à essayer de se faire passer pour un être humain exceptionnel, mais c’est moins le sujet).&#xA;&#xA;Musk est un authentique fasciste, qui pèse de tout son poids sur la politique du monde entier en soutenant les partis et mobilisations d’extrême droite y compris en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, et cætera. Grok a été créé dans ce but, explicitement « anti-woke » (c’est-à-dire bien réactionnaire, a minima), il n’est donc pas étonnant que des prompts chargés en racisme ou en antisémitisme produisent des résultats du même tonneau.&#xA;&#xA;Fly, you fools&#xA;&#xA;X et Grok sont au service des idées d’Elon Musk, notamment pour pousser les thèses néonazies dans le monde entier, absolument aucun effort n’est fait pour le cacher. Quitter définitivement ce réseau devrait être une évidence, en particulier pour les institutions, les organes de presse et les responsables politiques ; mais il semblerait que l’appel du clic soit pour lors plus attrayant que la morale la plus élémentaire.&#xA;&#xA;C’est bien mignon de dénoncer les algos biaisés ou de porter plainte ponctuellement, mais il s’agirait d’arrêter d’alimenter la machine.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Le robot conversationnel intégré au joujou du néonazi le plus riche du monde écrit des textes négationnistes et ça mérite quelques clarifications.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251121.png#hidden" alt="image titre"></p>



<p><em>Préambule : je suis résolument opposé à l’industrie de l’IA générative, qui vole, exploite, détruit, ment, est insoutenable que ce soit écologiquement ou économiquement. Je veux évoquer dans ce billet un aspect un peu plus spécifique, sur le principe même des chatbots dopés aux LLM.</em></p>

<p>Cette semaine, plusieurs posts mettant en cause la réalité des meurtres de masse commis par les nazis dans les camps d’extermination, et plus particulièrement de la Shoah, ont suscité une indignation parfaitement justifiée. Inutile de détailler les propos : le négationnisme est une abjection et quiconque verse là-dedans se disqualifie. Rappel au passage que personne ne fait ça par erreur ; la réponse à l’antisémitisme est
un combat politique, pas du <em>fact-checking</em> — c’est valable pour tous les sujets dont se servent les fascistes, cf. les travaux de Marie Peltier et d’autres.</p>

<h2 id="antisémitisme-artificiel">Antisémitisme « artificiel »</h2>

<p>La particularité de ces posts ? Ils ont été faits par Grok, le robot conversationnel intégré à X (que certains persistent à appeler Twitter pour éviter de regarder la réalité en face). Plus précisément, des utilisateurs antisémites ont posé des questions chargées idéologiquement et la machine a fait son boulot en répondant.</p>

<p>C’est à cela que sert un LLM : générer du texte statistiquement cohérent avec ce qu’on lui a donné en entrée. Dans le cas d’un chatbot comme Grok ou ChatGPT, ça se passe dans le cadre d’une conversation simulée ; « ce qu’on lui a donné en entrée » correspond à trois choses : la question posée (le <em>prompt</em>), du contexte supplémentaire (le reste de la conversation par exemple), et les instructions internes (<em>system prompt</em>) qui régissent son comportement, rédigées par l’entreprise qui gère le système.</p>

<p>Ces instructions internes ne sont en général pas publiques, mais fuitent assez régulièrement quand des gens parviennent à manipuler les chatbots. Enfin, c’est un peu compliqué de s’assurer que c’est vraiment le <em>system prompt</em>, et comme les entreprises aux commandes peuvent à tout moment changer ces instructions, tout ça n’a guère de sens — à part qu’on peut constater que les personnes qui les rédigent n’ont à peu près aucune idée de ce qu’elles font et tâtonnent en permanence pour essayer de faire des trucs qui fonctionnent à peu près.</p>

<p>C’est en tout cas ce jeu d’instructions qui permet (plus ou moins efficacement) d’empêcher la génération de certains types de contenus, par exemple illégaux ou à caractère sexuel, ou de ne pas encourager l’utilisateur·ice à se faire du mal (<a href="https://www.franceinfo.fr/internet/intelligence-artificielle/des-parents-americains-accusent-chatgpt-d-avoir-encourage-leur-fils-a-se-suicider_7456330.html">ça ne fonctionne pas très bien</a>). Les boîtes qui contrôlent les robots conversationnels définissent la façon dont ils se comportent, ce qui pose déjà pas mal de questions en général, en les laissant décider de ce qui est acceptable (ce qui est déjà le cas avec les règles de publication sur les réseaux sociaux comme Instagram, où un téton est outrageux ou non selon qu’il est considéré comme masculin ou féminin). Ces règles ne sont en outre jamais infaillibles, et sont parfois même carrément faites pour favoriser certains types de contenus… ce qui nous ramène à Grok.</p>

<h2 id="au-service-secret-de-sa-muskité">Au service secret de sa Muskité</h2>

<p>Grok, c’est xAI qui décide de son jeu d’instructions. xAI, c’est-à-dire Elon Musk, le néonazi le plus riche du monde, enfin l’homme le plus riche du monde tout court. Elon Musk, au sujet duquel dire qu’il a tendance à utiliser le pouvoir que lui donne sa montagne de thunes pour faire avancer ses idées est un euphémisme qui ferait frémir l’IGPN. X et Grok, indissociables, sont à son service ; les <a href="https://musk.chavalarias.org/">travaux de David Chavalarias</a> à ce sujet sont particulièrement éclairants. C’est là qu’<a href="https://www.politico.eu/article/eu-lawmakers-call-upon-commission-to-look-into-musk-favoring-own-posts/">il pousse toute la journée ses idées politiques</a> (et à essayer de se faire passer pour un être humain exceptionnel, mais c’est moins le sujet).</p>

<p>Musk est un authentique fasciste, qui pèse de tout son poids sur la politique du monde entier en soutenant les partis et mobilisations d’extrême droite y compris en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, <em>et cætera</em>. Grok a été créé dans ce but, <a href="https://intelligence-artificielle.developpez.com/actu/373622/Grok-l-IA-anti-woke-d-Elon-Musk-derape-eloge-d-Hitler-glorification-de-Musk-pour-avoir-supprime-les-filtres-woke-attaque-contre-Donald-Trump-au-sujet-des-inondations-au-Texas/">explicitement « anti-woke »</a> (c’est-à-dire bien réactionnaire, <em>a minima</em>), il n’est donc pas étonnant que des prompts chargés en racisme ou en antisémitisme produisent des résultats du même tonneau.</p>

<h2 id="fly-you-fools"><em>Fly, you fools</em></h2>

<p>X et Grok sont au service des idées d’Elon Musk, notamment pour pousser les thèses néonazies dans le monde entier, absolument aucun effort n’est fait pour le cacher. Quitter définitivement ce réseau devrait être une évidence, en particulier pour les institutions, les organes de presse et les responsables politiques ; mais il semblerait que l’appel du clic soit pour lors plus attrayant que la morale la plus élémentaire.</p>

<p>C’est bien mignon de dénoncer les algos biaisés ou de porter plainte ponctuellement, mais il s’agirait d’arrêter d’alimenter la machine.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-11-21-bazarder-grok-x-et-musk-avec</guid>
      <pubDate>Fri, 21 Nov 2025 10:39:11 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>La France est malade de ses violences policières</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-11-08-la-france-est-malade-de-ses-violences-policieres</link>
      <description>&lt;![CDATA[Le 5 novembre, Mediapart et Libération ont publié une enquête vidéo que je ne regarderai pas. Ou en tout cas, pas tout de suite.image titre&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;À partir des images des caméras-piétons des gendarmes présents à la manifestation contre la mégabassine de Sainte-Soline, le 25 mars 2023, les deux journaux livrent un nouveau témoignage cru de la triste réalité de ce qu’on appelle encore à tort en France le « maintien de l’ordre » : les forces armées censées assurer la sécurité de la population cherchent à blesser, mutiler, tuer les personnes qu’elles considèrent comme des ennemis de l’intérieur, et sont soutenues par toute la chaîne de commandement.&#xA;&#xA;En d’autres termes : la police tue, elle aime ça, elle est là pour ça.&#xA;&#xA;J’étais là-bas, dans les Deux-Sèvres, le jour où on voulait symboliquement occuper un gros trou pour protester contre la privatisation de l’eau et la mal-adaptation aux conséquences du changement climatique. Quand on a été accueilli·es par des milliers de tirs de grenades en quelques heures. Quand des camarades tombaient dans la boue frappé·es par des « balles de défense ». Quand ils ont tiré sur l’outarde, le gros oiseau en bois, projetant des éclats dans tous les sens. Quand pendant des jours, aux arguments scientifiques sur l’importance de ne pas mener à bien ces projets de mégabassines, ministres comme éditorialistes opposaient systématiquement le mot « écoterrorisme ».&#xA;&#xA;J’étais là-bas, et aujourd’hui simplement lire quelques-uns des échanges entre gendarmes rapportés dans l’enquête me fait trembler à nouveau de rage et de peur. Des copains dans le même cas se sont frottés aux images et regrettent. Je vais attendre un peu.&#xA;&#xA;J’ai commencé à militer en 2018 et j’ai eu droit à ma petite part de violences policières : j’ai pris des coups de pieds et de matraques, des pschiiiit de lacrymo à bout portant, j’ai été traîné au sol (par les cheveux, une fois !) et j’ai eu une fois les doigts presque pétés (mais par la police allemande). Bien que rien de tout cela ne soit très agréable, ça n’est pas grand-chose — j’ai eu de la chance.&#xA;&#xA;Je n’ai pas eu le crâne ouvert par une GM2L. Je n’ai pas perdu une main, un pied, un œil. Je n’ai pas eu la mâchoire fracassée, les dents pétées. Je n’ai pas été frappé ni violé au fond d’un commissariat. Je ne suis pas mort, ni d’un tir illégal de grenade, ni d’une balle dans la tête, ni écrasé sous le poids d’un flic.&#xA;&#xA;J’ai eu de la chance, oui ; mais faut dire aussi que je ne subis ni racisme ni sexisme, et que je ne suis pas né dans un de ces endroits que la France a patiemment transformés en ghettos avant que les idéologues d’extrême droite ne les qualifient de « territoires perdus de la République ». Il faut le rappeler encore et encore : chaque coup de projecteur sur l’extrême violence de la police est bienvenu, mais pour chaque révélation sur la répression à Sainte-Soline ou lors du mouvement des Gilets jaunes, il y a des dizaines de cas de violences dans les quartiers populaires qui resteront confidentiels. Certains, spectaculaires, reçoivent un peu d’attention, souvent grâce au travail acharné des familles, des militant·es, de la presse indépendante ; les autres seront oubliés, ne laissant que des vies brisées dans un pays qui s’en fout.&#xA;&#xA;Voilà, c’est tout. Je ne suis ni journaliste ni scientifique, je ne vais pas produire d’analyse poussée sur les chiffres de l’IGGN ou de l’IGPN, expliquer les conséquences de l’action policière en France ni comparer celle-ci avec d’autres pays. Je ne suis rien d’autre qu’un militant et un citoyen, malade de la haine qui semble parfois animer toute l’action de l’État. Je vais observer, médusé, se dérouler la COP30 dans un monde qui doucement brûle en criminalisant les personnes qui donnent l’alerte ; je vais contempler les effets du racisme structurel et individuel dans une société fracturée. Et surtout je vais continuer à essayer d’agir où je peux avec des camarades, et d’être heureux autant que possible avec les personnes que j’aime — tout en me demandant : à quoi bon ?]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Le 5 novembre, <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/051125/faut-leur-tirer-dans-la-gueule-la-manifestation-de-sainte-soline-vue-par-les-gendarmes"><em>Mediapart</em></a> et <a href="https://www.liberation.fr/societe/police-justice/je-ne-compte-plus-les-mecs-quon-a-eborgnes-a-sainte-soline-revelations-en-images-sur-les-tirs-illegaux-de-grenades-par-les-gendarmes-20251105_NF232RG6SFCXNOI3SUBCKONKTQ/"><em>Libération</em></a> ont publié une enquête vidéo que je ne regarderai pas. Ou en tout cas, pas tout de suite.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251108.png#hidden" alt="image titre"></p>



<p>À partir des images des caméras-piétons des gendarmes présents à la manifestation contre la mégabassine de Sainte-Soline, le 25 mars 2023, les deux journaux livrent un nouveau témoignage cru de la triste réalité de ce qu’on appelle encore à tort en France le « maintien de l’ordre » : les forces armées censées assurer la sécurité de la population cherchent à blesser, mutiler, tuer les personnes qu’elles considèrent comme des ennemis de l’intérieur, et sont soutenues par toute la chaîne de commandement.</p>

<p>En d’autres termes : la police tue, elle aime ça, elle est là pour ça.</p>

<p>J’étais là-bas, dans les Deux-Sèvres, le jour où on voulait symboliquement occuper un gros trou pour protester contre la privatisation de l’eau et la mal-adaptation aux conséquences du changement climatique. Quand on a été accueilli·es par des milliers de tirs de grenades en quelques heures. Quand des camarades tombaient dans la boue frappé·es par des « balles de défense ». Quand ils ont tiré sur l’outarde, le gros oiseau en bois, projetant des éclats dans tous les sens. Quand pendant des jours, aux arguments scientifiques sur l’importance de ne pas mener à bien ces projets de mégabassines, ministres comme éditorialistes opposaient systématiquement le mot « écoterrorisme ».</p>

<p>J’étais là-bas, et aujourd’hui simplement lire quelques-uns des échanges entre gendarmes rapportés dans l’enquête me fait trembler à nouveau de rage et de peur. Des copains dans le même cas se sont frottés aux images et regrettent. Je vais attendre un peu.</p>

<p>J’ai commencé à militer en 2018 et j’ai eu droit à ma petite part de violences policières : j’ai pris des coups de pieds et de matraques, des <em>pschiiiit</em> de lacrymo à bout portant, j’ai été traîné au sol (par les cheveux, une fois !) et j’ai eu une fois les doigts presque pétés (mais par la police allemande). Bien que rien de tout cela ne soit très agréable, ça n’est pas grand-chose — j’ai eu de la chance.</p>

<p>Je n’ai pas eu le crâne ouvert par une GM2L. Je n’ai pas perdu une main, un pied, un œil. Je n’ai pas eu la mâchoire fracassée, les dents pétées. Je n’ai pas été frappé ni violé au fond d’un commissariat. Je ne suis pas mort, ni d’un tir illégal de grenade, ni d’une balle dans la tête, ni écrasé sous le poids d’un flic.</p>

<p>J’ai eu de la chance, oui ; mais faut dire aussi que je ne subis ni racisme ni sexisme, et que je ne suis pas né dans un de ces endroits que la France a patiemment transformés en ghettos avant que les idéologues d’extrême droite ne les qualifient de « territoires perdus de la République ». Il faut le rappeler encore et encore : chaque coup de projecteur sur l’extrême violence de la police est bienvenu, mais pour chaque révélation sur la répression à Sainte-Soline ou lors du mouvement des Gilets jaunes, il y a des dizaines de cas de violences dans les quartiers populaires qui resteront confidentiels. Certains, spectaculaires, reçoivent un peu d’attention, souvent grâce au travail acharné des familles, des militant·es, de la presse indépendante ; les autres seront oubliés, ne laissant que des vies brisées dans un pays qui s’en fout.</p>

<p>Voilà, c’est tout. Je ne suis ni journaliste ni scientifique, je ne vais pas produire d’analyse poussée sur les chiffres de l’IGGN ou de l’IGPN, expliquer les conséquences de l’action policière en France ni comparer celle-ci avec d’autres pays. Je ne suis rien d’autre qu’un militant et un citoyen, malade de la haine qui semble parfois animer toute l’action de l’État. Je vais observer, médusé, se dérouler la COP30 dans un monde qui doucement brûle en criminalisant les personnes qui donnent l’alerte ; je vais contempler les effets du racisme structurel et individuel dans une société fracturée. Et surtout je vais continuer à essayer d’agir où je peux avec des camarades, et d’être heureux autant que possible avec les personnes que j’aime — tout en me demandant : à quoi bon ?</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-11-08-la-france-est-malade-de-ses-violences-policieres</guid>
      <pubDate>Sat, 08 Nov 2025 13:32:00 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Le paradoxe de la tolérance : pourquoi défendre un nazi n’est pas très malin</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-10-31-le-paradoxe-de-la-tolerance-pourquoi-defendre-un-nazi-nest-pas-tres-m</link>
      <description>&lt;![CDATA[Ça devrait être une opinion banale, mais apparemment on a besoin de rappeler que les fascistes ne sont pas des gens comme les autres.image titre&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Ces derniers jours, un débat a fait un peu de bruit dans certains coins d’internet, au moins sur Bluesky et sur X (l’arme de désinformation massive de l’homme le plus riche de la planète et très apprécié des néonazis, que tant de personnes de gauche persistent à alimenter). Si vous ne l’avez pas vécu, tant mieux pour vous, et en voici un très rapide résumé : le syndicat étudiant Le Poing Levé a dénoncé la présence d’un militant connu d’extrême droite au sein des vacataires de la Sorbonne, celui-ci s’en est plaint sur X (forcément) et quelques personnes ont décidé que leurs principes devaient les pousser à le défendre publiquement. Bizarrement, on a été assez nombreux à trouver que c’était une drôle d’idée.&#xA;&#xA;Il faut dire que ce militant n’est pas n’importe qui : fondateur du syndicat d’extrême droite la Cocarde étudiante, il navigue entre Zemmour et le RN, et s’est surtout fait connaître lors de la campagne des élections législatives de 2024, comme le racontait StreetPress.&#xA;&#xA;Bref. Moi aussi j’ai quelques principes, et défendre les fascistes n’en fait pas partie. Alors je vais convoquer un petit bout de texte issu de La Société ouverte et ses ennemis (1945) de Karl Popper. &#xA;&#xA;  Si nous accordons une tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas prêts à défendre une société tolérante contre les assauts des intolérants, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux…&#xA;&#xA;Tout est déjà là dans cette formule : la tolérance a ceci de paradoxal que lorsqu’elle est sans bornes, elle laisse prospérer ce qui la détruit. C’est comme les trous et le fromage sauf que cette fois ça n’est pas un sophisme : l’intolérance fait des trous dans l’emmental (pas le gruyère) de la société, et quand il y a des trous béants partout elle s’effondre et le fascisme gagne — la tolérance a des limites. Popper poursuit parce qu’il y a un peu de nuance à apporter et que, stupéfaction, ce ne sont pas les antifascistes qui sont les vrais fascistes.&#xA;&#xA;  Avec cette formulation, je ne veux pas dire, par exemple, que nous devrions toujours réprimer les philosophies intolérantes ; tant qu’il nous est possible de les contrer par des arguments rationnels et de les tenir en échec grâce à l’opinion publique, les interdire ne serait certainement pas judicieux.&#xA;&#xA;Évidemment qu’on préfère pouvoir débattre calmement et ensuite tomber d’accord sur le fait que c’est tout de même plus sympatoche d’être gentil que méchant. Tant qu’on peut faire ça, c’est très bien. Et c’est là où, à mon avis, un paquet de personnes se plantent en pensant justement qu’on est encore en situation d’expliquer que les idées des fascistes sont assez vilaines ; il me semble que c’est un déni de réalité au moins aussi grave que celui qui consiste à croire qu’on ne va pas en chier monstrueusement dans les prochaines décennies face aux catastrophes environnementales causées par les précédentes. Sur le climat et la biodiversité comme sur la montée du fascisme, les mêmes causes produisent les mêmes effets, on observe les mêmes dénis de la part de celles et ceux (souvent ceux) qui se sentent moins menacé·es que les autres.&#xA;&#xA;En attendant, le parti héritier de Pétain arrive à faire voter ses textes racistes, en toute légalité.&#xA;&#xA;  Mais nous avons intérêt à revendiquer le droit de les réprimer si nécessaire, même par la force ; car il se peut fort bien qu’ils n’acceptent pas la confrontation d’arguments rationnels, et dénoncent d’emblée toute argumentation ; ils risquent d’interdire à leurs adeptes d’écouter toute argumentation rationnelle, parce qu’elle serait trompeuse, et de leur apprendre à répondre aux arguments en faisant usage de leurs poings ou de leurs pistolets.&#xA;&#xA;Trump. Juste Trump. C’est sous nos yeux. La police spéciale arrête des gens dans la rue, chez eux, à l’école, des journalistes, des visiteurs européens (en règle) pour des motifs politiques. Les entasse dans des prisons cachées pendant des jours, les maltraite, les déporte. Une nouvelle iconographie fasciste a remplacé la communication gouvernementale classique, largement servie par l’IA générative. Et bien sûr, Trump se fout de la Constitution et de tout ce qui fait l’État de droit. Alors qu’on n’invoque pas la sauvegarde de celui-ci pour faire taire les personnes qui, précisément, alertent contre ses ennemis.&#xA;&#xA;  Nous devons donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Nous devrions affirmer que tout mouvement prêchant l’intolérance se place hors la loi, et considérer comme criminelle l’incitation à l’intolérance et à la persécution, de la même manière que nous considérerions comme criminelle l’incitation au meurtre, à l’enlèvement, ou à la relance de la traite des esclaves.&#xA;&#xA;Voilà. Pas de solidarité, professionnelle ou pas, avec les fascistes. Bien sûr qu&#39;il y en a qui ne font strictement rien d&#39;illégal et ont parfaitement de droit d&#39;être là où ils sont ; ça n’est pas une raison pour ne pas manifester à quel point on trouve ça révoltant. Et quand un fasciste donne des cours à la Sorbonne, s’il y a bien des personnes à soutenir ce sont celles qui s’y opposent et prennent des risques pour protéger les autres. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : le problème des fascistes, c&#39;est ce qu&#39;ils veulent faire aux autres, pas ce qu&#39;ils sont. Le seul tort de leurs cibles est d’exister, quand nous les combattons parce qu’ils choisissent la haine.&#xA;&#xA;Qui se fourvoie à défendre des fascistes — tout en disant bien haut que c’est une question de principe et qu&#39;oh non, on combat leurs idées hein — doit s’attendre à se prendre un retour de bâton conséquent, une bonne vieille shitstorm. Ça ne m’enchante pas, ça n’est ni très agréable ni très intéressant, et vraiment les insultes en ligne c’est pas ce que je préfère ; mais quand des privilégié·es (souvent des hommes, souvent des blancs, souvent des personnes exerçant une « profession intellectuelle supérieure ») disent de la bonne grosse merde, désolé pour le terme technique, ça n’est pas moi qui irai expliquer aux camarades qu’il vaudrait mieux réagir calmement.&#xA;&#xA;Pour terminer : Popper dénonçait tous les totalitarismes, et il avait bien raison. C’est pour ça que je suis plus anarchiste que marxiste — la dictature du prolétariat c’est pas mon truc et je tâche de ne pas oublier que « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ».]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Ça devrait être une opinion banale, mais apparemment on a besoin de rappeler que les fascistes ne sont pas des gens comme les autres.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251031.png#hidden" alt="image titre"></p>



<p>Ces derniers jours, un débat a fait un peu de bruit dans certains coins d’internet, au moins sur Bluesky et sur X (l’arme de désinformation massive de l’homme le plus riche de la planète et très apprécié des néonazis, que tant de personnes de gauche persistent à alimenter). Si vous ne l’avez pas vécu, tant mieux pour vous, et en voici un très rapide résumé : le syndicat étudiant <em>Le Poing Levé</em> a <a href="https://www.revolutionpermanente.fr/Fondateur-de-la-Cocarde-ex-candidat-RN-un-prof-d-extreme-droite-enseigne-a-La-Sorbonne-depuis-8-ans">dénoncé la présence d’un militant connu d’extrême droite</a> au sein des vacataires de la Sorbonne, celui-ci s’en est plaint sur X (forcément) et quelques personnes ont décidé que leurs principes devaient les pousser à le défendre publiquement. Bizarrement, on a été assez nombreux à trouver que c’était une drôle d’idée.</p>

<p>Il faut dire que ce militant n’est pas n’importe qui : fondateur du syndicat d’extrême droite <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Cocarde_%C3%A9tudiante">la Cocarde étudiante</a>, il navigue entre Zemmour et le RN, et s’est surtout fait connaître lors de la campagne des élections législatives de 2024, <a href="https://www.streetpress.com/sujet/1719581820-pierre-gentillet-mediatique-candidat-cher-rassemblement-national-pro-russe-tweet-bardella">comme le racontait StreetPress</a>.</p>

<p>Bref. Moi aussi j’ai quelques principes, et défendre les fascistes n’en fait pas partie. Alors je vais convoquer un petit bout de texte issu de <em><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soci%C3%A9t%C3%A9_ouverte_et_ses_ennemis">La Société ouverte et ses ennemis</a></em> (1945) de Karl Popper.</p>

<blockquote><p>Si nous accordons une tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas prêts à défendre une société tolérante contre les assauts des intolérants, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux…</p></blockquote>

<p>Tout est déjà là dans cette formule : la tolérance a ceci de paradoxal que lorsqu’elle est sans bornes, elle laisse prospérer ce qui la détruit. C’est comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_du_fromage_%C3%A0_trous">les trous et le fromage</a> sauf que cette fois ça n’est pas un sophisme : l’intolérance fait des trous dans l’emmental (pas le gruyère) de la société, et quand il y a des trous béants partout elle s’effondre et le fascisme gagne — la tolérance a des limites. Popper poursuit parce qu’il y a un peu de nuance à apporter et que, stupéfaction, ce ne sont pas les antifascistes qui sont les vrais fascistes.</p>

<blockquote><p>Avec cette formulation, je ne veux pas dire, par exemple, que nous devrions toujours réprimer les philosophies intolérantes ; <strong>tant qu’il nous est possible de les contrer par des arguments rationnels</strong> et de les tenir en échec grâce à l’opinion publique, les interdire ne serait certainement pas judicieux.</p></blockquote>

<p>Évidemment qu’on préfère pouvoir débattre calmement et ensuite tomber d’accord sur le fait que c’est tout de même plus sympatoche d’être gentil que méchant. Tant qu’on peut faire ça, c’est très bien. Et c’est là où, à mon avis, un paquet de personnes se plantent en pensant justement qu’on est encore en situation d’expliquer que les idées des fascistes sont assez vilaines ; il me semble que c’est un déni de réalité au moins aussi grave que celui qui consiste à croire qu’on ne va pas en chier monstrueusement dans les prochaines décennies face aux catastrophes environnementales causées par les précédentes. Sur le climat et la biodiversité comme sur la montée du fascisme, les mêmes causes produisent les mêmes effets, on observe les mêmes dénis de la part de celles et ceux (souvent ceux) qui se sentent moins menacé·es que les autres.</p>

<p>En attendant, le parti héritier de Pétain arrive à <a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/301025/accord-franco-algerien-la-droite-et-les-macronistes-offrent-au-rn-une-victoire-historique">faire voter ses textes racistes</a>, en toute légalité.</p>

<blockquote><p>Mais nous avons intérêt à revendiquer le droit de les réprimer si nécessaire, même par la force ; car il se peut fort bien qu’ils n’acceptent pas la confrontation d’arguments rationnels, et dénoncent d’emblée toute argumentation ; ils risquent d’interdire à leurs adeptes d’écouter toute argumentation rationnelle, parce qu’elle serait trompeuse, et de leur apprendre à répondre aux arguments en faisant usage de leurs poings ou de leurs pistolets.</p></blockquote>

<p>Trump. Juste Trump. C’est sous nos yeux. La police spéciale arrête des gens dans la rue, chez eux, à l’école, <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2025/oct/28/journalist-mario-guevara-trump-ice-deportations">des journalistes</a>, des <a href="https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20251028-%C3%A9tats-unis-pourquoi-commentateur-britannique-sami-hamdi-arr%C3%AAt%C3%A9-par-ice-isra%C3%ABl">visiteurs européens (en règle) pour des motifs politiques</a>. Les entasse <a href="https://www.theguardian.com/us-news/2025/oct/30/ice-hidden-detention-sites">dans des prisons cachées</a> pendant des jours, les maltraite, les déporte. Une nouvelle <a href="https://www.theguardian.com/games/2025/oct/29/why-trumps-white-house-is-using-video-game-memes-to-recruit-for-ice">iconographie fasciste</a> a remplacé la communication gouvernementale classique, largement <a href="https://newsocialist.org.uk/transmissions/ai-the-new-aesthetics-of-fascism/">servie par l’IA générative</a>. Et bien sûr, Trump <a href="https://www.theguardian.com/us-news/video/2025/oct/28/trump-says-he-would-be-allowed-to-run-third-term-as-vice-president-video">se fout de la Constitution</a> et de tout ce qui fait l’État de droit. Alors qu’on n’invoque pas la sauvegarde de celui-ci pour faire taire les personnes qui, précisément, alertent contre ses ennemis.</p>

<blockquote><p><strong>Nous devons donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants.</strong> Nous devrions affirmer que tout mouvement prêchant l’intolérance se place hors la loi, et considérer comme criminelle l’incitation à l’intolérance et à la persécution, de la même manière que nous considérerions comme criminelle l’incitation au meurtre, à l’enlèvement, ou à la relance de la traite des esclaves.</p></blockquote>

<p>Voilà. Pas de solidarité, professionnelle ou pas, avec les fascistes. Bien sûr qu&#39;il y en a qui ne font strictement rien d&#39;illégal et ont parfaitement de droit d&#39;être là où ils sont ; ça n’est pas une raison pour ne pas manifester à quel point on trouve ça révoltant. Et quand un fasciste donne des cours à la Sorbonne, s’il y a bien des personnes à soutenir ce sont celles qui s’y opposent et prennent des risques pour protéger les autres. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : le problème des fascistes, c&#39;est ce qu&#39;ils veulent faire aux autres, pas ce qu&#39;ils sont. Le seul tort de leurs cibles est d’exister, quand nous les combattons parce qu’ils choisissent la haine.</p>

<p>Qui se fourvoie à défendre des fascistes — tout en disant bien haut que c’est une question de principe et qu&#39;oh non, on combat leurs idées hein — doit s’attendre à se prendre un retour de bâton conséquent, une bonne vieille <em>shitstorm</em>. Ça ne m’enchante pas, ça n’est ni très agréable ni très intéressant, et vraiment les insultes en ligne c’est pas ce que je préfère ; mais quand des privilégié·es (souvent des hommes, souvent des blancs, souvent des personnes exerçant une « profession intellectuelle supérieure ») disent de la bonne grosse merde, désolé pour le terme technique, ça n’est pas moi qui irai expliquer aux camarades qu’il vaudrait mieux réagir calmement.</p>

<p>Pour terminer : Popper dénonçait tous les totalitarismes, et il avait bien raison. C’est pour ça que je suis plus anarchiste que marxiste — la dictature du prolétariat c’est pas mon truc et je tâche de ne pas oublier que <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Montesquieu#Montesquieu_et_Hobbes">« tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser »</a>.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-10-31-le-paradoxe-de-la-tolerance-pourquoi-defendre-un-nazi-nest-pas-tres-m</guid>
      <pubDate>Fri, 31 Oct 2025 10:34:58 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>J’aimerais que les transports en commun soient gratuits à Lyon</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-10-22-jaimerais-que-les-transports-en-commun-soient-gratuits-a-lyon</link>
      <description>&lt;![CDATA[Mais pour ça il faut transformer la société dans une direction qui n’est pas vraiment le projet des bourgeois comme Jean-Michel Aulas.thumbnail&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Que chaque personne ait une solution simple, efficace, peu polluante pour se déplacer, sans être bloquée par ses ressources ni sa santé : c’est ce vers quoi devrait tendre une société qui se targue d’être civilisée. Liberté et égalité. Force est de constater qu’aujourd’hui, on en est loin dans beaucoup de villes en France :&#xA;&#xA;des transports en commun rarement accessibles, et des pouvoirs publics encore peu formés à la prise en compte des différents handicaps (visibles et invisibles)&#xA;des quartiers peu ou pas desservis&#xA;des voitures partout, qui sont pour tout le monde dangereuses lorsqu’elles roulent et gênantes lorsqu’elles ne roulent pas (sans blague, vous devriez essayer de trimballer une poussette en ville)&#xA;fréquences hasardeuses, horaires itou&#xA;&#xA;Sur ce dernier point, j’aimerais évoquer un sujet qui l’est rarement quand on parle des transports en commun : les conditions de travail. On veut des bus qui roulent tard ? Il ne faut pas oublier qu’ils ne roulent pas tout seul (je vous fais grâce d’un laïus sur les véhicules autonomes) et que le secteur du transport repose sur des métiers pénibles. Ça n’est évidemment pas le seul facteur qui explique l’offre insuffisante à certains endroits, mais mieux payer les conducteur·ices serait peut-être une piste à explorer.&#xA;&#xA;small&#xA;Un point validisme en passant. Souvent la question du handicap sert d’alibi à ceux qui veulent avant tout maintenir la domination de la voiture dans l’espace public : la réalité c’est que les personnes ainsi instrumentalisées se déplacent moins en voiture, et davantage sur les trottoirs ou en transports en commun (SDES, 2023). Vous voulez faciliter la vie des handi·es ? Dégageons une bonne partie des voitures, ça fera de la place pour celles qui sont nécessaires et pour toutes les personnes qui n’en utilisent pas.&#xA;/small&#xA;&#xA;Qui doit payer ?&#xA;&#xA;Et la gratuité, alors ? Comme souvent quand on creuse un peu les sujets plutôt que de s’arrêter à une intuition : c’est compliqué. Pour une approche générale, je vous renvoie à un très récent post d’Aurélien Bigo (sur LinkedIn — le réseau de cette saloperie qu’est Microsoft — ou sur Bluesky — c’est pas méga mieux mais c’est pas moi qui décide où publient les gens). Il y a également une tribune de 2024 chez Bon Pote : Les transports gratuits : une fausse bonne idée ? En gros, rendre gratuits les transports en commun, ça peut (très bien) fonctionner dans certains cas (notamment les plus petites agglomérations)… mais c’est loin d’être une solution magique, et parfois c’est même contreproductif, avec une dégradation nette du service.&#xA;&#xA;Le réseau de transports en commun lyonnais est un des plus denses et fréquentés du pays, et — d’après le rapport 2025 de la Chambre régionale des comptes — « la satisfaction des usagers du réseau est relativement élevée » (en tout cas, les notes sont meilleures que celles que j’avais au lycée). C’est cool. Ça fonctionne. Mais il a encore besoin de se développer, beaucoup, notamment à l’extérieur de la ville de Lyon, centre d’une métropole inégalement desservie. Et c’est en cours ! On peut râler sur les travaux, mais les trams vont rouler, les voies de bus vont permettre à un sacré paquet de personnes de mieux se déplacer — d’autant plus vite si toutes les mairies bossaient pour les gens plutôt que pour les bagnoles. Il va falloir comprendre à un moment que l’automobile-reine est une bizarrerie passagère de l’Histoire, et qu’on ne peut pas laisser des gens dans une situation de dépendance forcée.&#xA;&#xA;Pour développer un réseau, il faut du fric ; le souci c’est qu’on en a besoin pour plein de choses importantes… et que l’État a un peu de mal ces temps-ci avec l’idée que les collectivités puissent bosser correctement (cf. le projet de budget). Dans le cas du Grand Lyon, on a une assez bonne idée des conséquences d’un passage à la gratuité totale, grâce à une étude très complète de 2019 (Réflexions sur les enjeux de la gratuité pour le réseau TCL) : ce serait financièrement catastrophique, avec des économies (sur les billets et les contrôles) dérisoires par rapport à la perte des recettes, un déclin rapide et assuré du réseau.&#xA;&#xA;Cette même étude mettait en avant les possibilités en matière de tarification progressive : c’est déjà en partie le cas dans la métropole (gratuité jusqu’à 10 ans inclus, et tarifs solidaires allant jusqu’à la gratuité) mais il y a matière à étendre les offres, et surtout à améliorer l’accès à celles-ci (comme trop souvent pour les droits et aides dans ce pays).&#xA;&#xA;Un service public n’a pas besoin d’être rentable, mais dans une collectivité si on met de l’argent quelque part c’est qu’on le prend ailleurs. Et il me semble que la priorité pour la métropole, c’est d’améliorer le réseau pour permettre que le changement des modes de déplacement qui a déjà commencé passe à la vitesse supérieure.&#xA;&#xA;Taxer Jean-Michel Aulas&#xA;&#xA;Dans ce contexte où les propositions de gratuité totale semblent déjà peu pertinentes (pour le Grand Lyon), la proposition du candidat de la droite et du centre (HAHAHA) à la mairie de Lyon est difficilement qualifiable en des termes polis, je me contenterais donc de la dire mal ficelée et démagogique. Gratuité pour les lyonnais·es gagnant moins de 2 500 € nets ? Ça cumule les inconvénients : on garde tous les coûts de billetterie et de contrôle, on perd les recettes des abonnements déjà à moitié payées par les employeurs, et on crée une énorme inégalité territoriale. Je serais concerné, et franchement ça me dégoûterait profondément de bénéficier de ça sous prétexte que je loge du bon côté du périph. Et ce serait financé en allant chercher des dizaines de millions qui n’existent pas dans les dépenses de communication, je ris jaune.&#xA;&#xA;Il y a pas mal d’argent à trouver localement, notamment si on regarde du côté des taxes sur les entreprises ou l’immobilier. Moi ça me va, je suis attaché au principe de la redistribution où chacun donne selon ses moyens pour recevoir selon ses besoins, mais j’ai des doutes sur le fait que ce soit réellement le projet de Jean-Michel Aulas. Aulas qui fait d’ailleurs partie du club très select des personnes qui seraient concernées par la taxe Zucman, puisque sa fortune personnelle dépasse les 450 millions d’euros… En attendant qu’on arrive à correctement taxer les riches, où mieux à bâtir une société où les ressources ne sont pas accaparées par un petit nombre de personnes, petite suggestion pour JMA : s’il aime tant la ville de Lyon, peut-être pourrait-il lui faire don de sa thune plutôt que de sa personne.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;C’est sur cette suggestion que je termine ce billet. Je sens que je n’ai pas fini d’être frustré par ce blog : c’est long à écrire (d’autant plus que je source un peu mes propos) et j’ai l’impression à chaque fois d’en dire à la fois trop et pas assez (on vit dans une société, voyez-vous, donc les sujets sont rarement simples). Mais je me suis fixé la règle de publier une fois par semaine et je vais continuer !]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Mais pour ça il faut transformer la société dans une direction qui n’est pas vraiment le projet des bourgeois comme Jean-Michel Aulas.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251022.png#hidden" alt="thumbnail"></p>



<p>Que chaque personne ait une solution simple, efficace, peu polluante pour se déplacer, sans être bloquée par ses ressources ni sa santé : c’est ce vers quoi devrait tendre une société qui se targue d’être civilisée. Liberté et égalité. Force est de constater qu’aujourd’hui, on en est loin dans beaucoup de villes en France :</p>
<ul><li>des transports en commun rarement accessibles, et des pouvoirs publics encore peu formés à la prise en compte des différents handicaps (visibles et invisibles)</li>
<li>des quartiers peu ou pas desservis</li>
<li>des voitures partout, qui sont pour tout le monde dangereuses lorsqu’elles roulent et gênantes lorsqu’elles ne roulent pas (sans blague, vous devriez essayer de trimballer une poussette en ville)</li>
<li>fréquences hasardeuses, horaires itou</li></ul>

<p>Sur ce dernier point, j’aimerais évoquer un sujet qui l’est rarement quand on parle des transports en commun : les conditions de travail. On veut des bus qui roulent tard ? Il ne faut pas oublier qu’ils ne roulent pas tout seul (je vous fais grâce d’un laïus sur les véhicules autonomes) et que le secteur du transport repose sur des métiers pénibles. Ça n’est évidemment pas le seul facteur qui explique l’offre insuffisante à certains endroits, mais mieux payer les conducteur·ices serait <em>peut-être</em> une piste à explorer.</p>

<p><small>
Un point validisme en passant. Souvent la question du handicap sert d’alibi à ceux qui veulent avant tout maintenir la domination de la voiture dans l’espace public : la réalité c’est que les personnes ainsi instrumentalisées se déplacent moins en voiture, et davantage sur les trottoirs ou en transports en commun (<a href="https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/les-pratiques-de-mobilite-des-personnes-en-situation-de-handicap">SDES, 2023</a>). Vous voulez faciliter la vie des handi·es ? Dégageons une bonne partie des voitures, ça fera de la place pour celles qui sont nécessaires et pour toutes les personnes qui n’en utilisent pas.
</small></p>

<h2 id="qui-doit-payer">Qui doit payer ?</h2>

<p>Et la gratuité, alors ? Comme souvent quand on creuse un peu les sujets plutôt que de s’arrêter à une intuition : c’est compliqué. Pour une approche générale, je vous renvoie à un très récent post d’Aurélien Bigo (<a href="https://www.linkedin.com/posts/aur%C3%A9lien-bigo-551a50203_a-lapproche-des-municipales-la-gratuit%C3%A9-activity-7386291413422014464-2wch">sur LinkedIn</a> — le réseau de cette saloperie qu’est Microsoft — ou <a href="https://bsky.app/profile/aurelienbigo.bsky.social/post/3m3oqdmu3vs2l">sur Bluesky</a> — c’est pas méga mieux mais c’est pas moi qui décide où publient les gens). Il y a également une tribune de 2024 chez Bon Pote : <a href="https://bonpote.com/les-transports-gratuits-une-fausse-bonne-idee/">Les transports gratuits : une fausse bonne idée ?</a> En gros, rendre gratuits les transports en commun, ça peut (très bien) fonctionner dans certains cas (notamment les plus petites agglomérations)… mais c’est loin d’être une solution magique, et parfois c’est même contreproductif, avec une dégradation nette du service.</p>

<p>Le réseau de transports en commun lyonnais est un des plus denses et fréquentés du pays, et — d’après <a href="https://www.ccomptes.fr/fr/publications/sytral-mobilites-le-financement-des-transports-collectifs-urbains-et-le-service-rendu">le rapport 2025 de la Chambre régionale des comptes</a> — « la satisfaction des usagers du réseau est relativement élevée » (en tout cas, les notes sont meilleures que celles que j’avais au lycée). C’est cool. Ça fonctionne. Mais il a encore besoin de se développer, beaucoup, notamment à l’extérieur de la ville de Lyon, centre d’une métropole inégalement desservie. Et c’est en cours ! On peut râler sur les travaux, mais les trams vont rouler, les voies de bus vont permettre à un sacré paquet de personnes de mieux se déplacer — d’autant plus vite si toutes les mairies bossaient pour les gens plutôt que pour les bagnoles. Il va falloir comprendre à un moment que l’automobile-reine est une bizarrerie passagère de l’Histoire, et qu’on ne peut pas laisser des gens dans une situation de dépendance forcée.</p>

<p>Pour développer un réseau, il faut du fric ; le souci c’est qu’on en a besoin pour <em>plein</em> de choses importantes… et que l’État a un peu de mal ces temps-ci avec l’idée que les collectivités puissent bosser correctement (<a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/baisse-des-dotations-de-l-etat-a-lyon-le-maire-gregory-doucet-pousse-un-coup-de-gueule-3044526.html">cf. le projet de budget</a>). Dans le cas du Grand Lyon, on a une assez bonne idée des conséquences d’un passage à la gratuité totale, grâce à une étude très complète de 2019 (<a href="https://shs.hal.science/halshs-02191358/document">Réflexions sur les enjeux de la gratuité pour le réseau TCL</a>) : ce serait financièrement catastrophique, avec des économies (sur les billets et les contrôles) dérisoires par rapport à la perte des recettes, un déclin rapide et assuré du réseau.</p>

<p>Cette même étude mettait en avant les possibilités en matière de tarification progressive : c’est déjà en partie le cas dans la métropole (gratuité <a href="https://www.tcl.fr/titres-et-tarifs/tous-les-titres-et-abonnements/4-10-ans">jusqu’à 10 ans inclus</a>, et <a href="https://www.tcl.fr/titres-et-tarifs/tous-les-titres-et-abonnements?profile-type=60">tarifs solidaires allant jusqu’à la gratuité</a>) mais il y a matière à étendre les offres, et surtout à améliorer l’accès à celles-ci (comme trop souvent pour les droits et aides dans ce pays).</p>

<p>Un service public n’a pas besoin d’être rentable, mais dans une collectivité si on met de l’argent quelque part c’est qu’on le prend ailleurs. Et il me semble que la priorité pour la métropole, c’est d’améliorer le réseau pour permettre que le changement des modes de déplacement qui a déjà commencé passe à la vitesse supérieure.</p>

<h2 id="taxer-jean-michel-aulas">Taxer Jean-Michel Aulas</h2>

<p>Dans ce contexte où les propositions de gratuité totale semblent déjà peu pertinentes (pour le Grand Lyon), la proposition du candidat de la droite et du centre (HAHAHA) à la mairie de Lyon est difficilement qualifiable en des termes polis, je me contenterais donc de la dire mal ficelée et démagogique. Gratuité pour les lyonnais·es gagnant moins de 2 500 € nets ? Ça cumule les inconvénients : on garde tous les coûts de billetterie et de contrôle, on perd les recettes des abonnements déjà à moitié payées par les employeurs, et on crée une énorme inégalité territoriale. Je serais concerné, et franchement ça me dégoûterait profondément de bénéficier de ça sous prétexte que je loge du bon côté du périph. Et ce serait financé <a href="https://www.rue89lyon.fr/2025/10/21/gratuite-transports-vrai-faux-proposition-aulas/">en allant chercher des dizaines de millions qui n’existent pas</a> dans les dépenses de communication, je ris jaune.</p>

<p>Il y a pas mal d’argent à trouver localement, notamment si on regarde du côté des taxes sur les entreprises ou l’immobilier. Moi ça me va, je suis attaché au principe de la redistribution où chacun donne selon ses moyens pour recevoir selon ses besoins, mais j’ai des doutes sur le fait que ce soit réellement le projet de Jean-Michel Aulas. Aulas qui fait d’ailleurs partie du club très select des personnes qui seraient concernées par la taxe Zucman, puisque sa fortune personnelle dépasse les 450 millions d’euros… En attendant qu’on arrive à correctement taxer les riches, où mieux à bâtir une société où les ressources ne sont pas accaparées par un petit nombre de personnes, petite suggestion pour JMA : s’il aime tant la ville de Lyon, peut-être pourrait-il lui faire don de sa thune plutôt que de sa personne.</p>

<hr>

<p><em>C’est sur cette suggestion que je termine ce billet. Je sens que je n’ai pas fini d’être frustré par ce blog : c’est long à écrire (d’autant plus que je source un peu mes propos) et j’ai l’impression à chaque fois d’en dire à la fois trop et pas assez (on vit dans une société, voyez-vous, donc les sujets sont rarement simples). Mais je me suis fixé la règle de publier une fois par semaine et je vais continuer !</em></p>
]]></content:encoded>
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      <pubDate>Wed, 22 Oct 2025 14:10:59 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Micro-trottoir, méga-arnaque</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-10-16-micro-trottoir-mega-arnaque</link>
      <description>&lt;![CDATA[Un trottoir, un micro, des vrais gens et surtout pas de journalistes : comment remplir une émission à peu de frais.thumbnail&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Traverser la rue, ne trouver que Lecornu&#xA;&#xA;Il y a quelques jours, j’ai regardé le JT de France 2 pour constater en direct que l’ex-Premier ministre éphémère (re-Premier ministre à présent, du moins au moment où j’écris ce billet) n’avait pas grand-chose à dire — chacun ses passions tristes.&#xA;&#xA;Pas de bol, je suis arrivé un peu trop tôt : avant d’accueillir le fidèle parmi les fidèles d’Emmanuel Macron (Sébastien Lecornu, donc), le service public a un peu meublé. La transcription de mes réactions telles qu’elles furent partagées en ligne et en direct témoigne de ma surprise et de mon agacement. &#xA;&#xA;  MAIS&#xA;    Le 20h de France 2 commence par un MICRO-TROTTOIR ?&#xA;    BORDEL ON LEUR APPREND QUOI DANS LES ÉCOLES DE JOURNALISME ???&#xA;&#xA;Quelques secondes plus tard :&#xA;&#xA;  Oh ça m’énerve.&#xA;&#xA;Puis l’inspiration.&#xA;&#xA;  Très bien la semaine prochaine je vous raconte pourquoi les micro-trottoirs c’est de la merde.&#xA;&#xA;Et enfin la stupéfaction :&#xA;&#xA;  DEUX MICRO-TROTTOIRS ?&#xA;&#xA;Je ne regarde que très rarement la télévision, j’étais donc ignorant : on m’expliqua que les micro-trottoirs sont très, très fréquents sur les chaînes dites « d’info », et je dois dire que ça ne me rend pas bien jouasse. &#xA;&#xA;Qu’est-ce que le journalisme ? Porter à l’attention du public des faits, les contextualiser, éventuellement y ajouter des analyses ou commentaires (de façon honnête, puisque neutralité comme objectivité sont des illusions).&#xA;&#xA;Qu’est-ce que le micro-trottoir ? Comme son nom l’indique, trimballer un micro sur un trottoir et laisser des gens dire des trucs dedans. Comme son nom ne l’indique pas, une technique de fabrication de l’opinion permettant de prétendre à une fausse neutralité en faisant comme si toutes les voix étaient entendues.&#xA;&#xA;Nul by design&#xA;&#xA;Le micro-trottoir est foireux de bout en bout, aussi bien quand la question est posée à une personne dans la rue sans être contextualisée que lorsque la sélection des extraits est faite pour être diffusée pendant le journal télé.&#xA;&#xA;Le choix de la question est crucial, parce qu’il permet de cadrer la réponse ; à moins de tomber sur une militante aguerrie, un gars qui connaît le sujet, la réponse sera automatiquement dans les limites de l’énoncé. Si deux choix sont donnés, arbitrairement, rarement un troisième sera préféré par une personne qui aurait bien en tête le contexte de la question. Face à une question fermée, il est toujours difficile d’expliquer que « c’est plus compliqué que ça » — et comme c’est trop long pour le format, ça ne sera pas retenu, ou très coupé.&#xA;&#xA;Je ne pense pas que les gens, en majorité, soient stupides ou égoïstes ; un très bon exemple est la Convention citoyenne pour le climat qui avait montré en 2020 qu’un échantillon de la population tiré au sort, avec un peu de temps et d’information, était parfaitement capable de décider d’un ensemble cohérent de mesures pertinentes et plus drastiques que ne l’avaient fait les gouvernements des décennies précédentes. Or il n’échappera à personne qu’un micro-trottoir ne ressemble que très peu à une Convention citoyenne — c’est une situation qui amène rarement des réponses pertinentes.&#xA;&#xA;Sachez quoi penser&#xA;&#xA;Tant pis si la forme du micro-trottoir ne donne que des avis creux et non éclairés : ils seront présentés tels quels au public, comme s’ils donnaient un aperçu de l’opinion, de ce que pensent les Françaises et les Français. Et si c’est ce que les gens pensent, c’est ce qu’on doit penser aussi quand on regarde le JT — avec bien souvent le choix entre un centre mou et une droite dure. La réforme des retraites ? On n’a pas le choix. Sarkozy en prison ? Quand même, quelle image on donne de la France. Taxer les riches ? Ah non, ils risquent de partir… Pas besoin d’éditorialistes en plateau quand on peut faire dire la même chose qu’eux directement par les vrais gens.&#xA;&#xA;Le micro-trottoir est du même acabit que le sondage d’opinion : questions biaisées, échantillon pourri, contexte inadapté… mais résultat très présentable. De la merde, mais bien emballée.&#xA;&#xA;Et oui, on aura l’occasion d’en parler, des sondages, parce que des élections arrivent et qu’on va encore s’en taper un paquet. Alors que si tout le monde faisait comme Mediapart…]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Un trottoir, un micro, des vrais gens et surtout pas de journalistes : comment remplir une émission à peu de frais.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251016.png#hidden" alt="thumbnail"></p>



<h2 id="traverser-la-rue-ne-trouver-que-lecornu">Traverser la rue, ne trouver que Lecornu</h2>

<p>Il y a quelques jours, j’ai regardé le JT de France 2 pour constater en direct que l’ex-Premier ministre éphémère (re-Premier ministre à présent, du moins au moment où j’écris ce billet) n’avait pas grand-chose à dire — chacun ses passions tristes.</p>

<p>Pas de bol, je suis arrivé un peu trop tôt : avant d’accueillir le fidèle parmi les fidèles d’Emmanuel Macron (Sébastien Lecornu, donc), le service public a un peu meublé. La transcription de mes réactions telles qu’elles furent partagées en ligne et en direct témoigne de ma surprise et de mon agacement.</p>

<blockquote><p>MAIS</p>

<p>Le 20h de France 2 commence par un MICRO-TROTTOIR ?</p>

<p>BORDEL ON LEUR APPREND QUOI DANS LES ÉCOLES DE JOURNALISME ???</p></blockquote>

<p>Quelques secondes plus tard :</p>

<blockquote><p>Oh ça m’énerve.</p></blockquote>

<p>Puis l’inspiration.</p>

<blockquote><p>Très bien la semaine prochaine je vous raconte pourquoi les micro-trottoirs c’est de la merde.</p></blockquote>

<p>Et enfin la stupéfaction :</p>

<blockquote><p>DEUX MICRO-TROTTOIRS ?</p></blockquote>

<p>Je ne regarde que très rarement la télévision, j’étais donc ignorant : on m’expliqua que les micro-trottoirs sont très, très fréquents sur les chaînes dites « d’info », et je dois dire que ça ne me rend pas bien jouasse.</p>

<p>Qu’est-ce que le journalisme ? Porter à l’attention du public des faits, les contextualiser, éventuellement y ajouter des analyses ou commentaires (de façon honnête, puisque neutralité comme objectivité sont des illusions).</p>

<p>Qu’est-ce que le micro-trottoir ? Comme son nom l’indique, trimballer un micro sur un trottoir et laisser des gens dire des trucs dedans. Comme son nom ne l’indique pas, une technique de fabrication de l’opinion permettant de prétendre à une fausse neutralité en faisant comme si toutes les voix étaient entendues.</p>

<h2 id="nul-by-design">Nul <em>by design</em></h2>

<p>Le micro-trottoir est foireux de bout en bout, aussi bien quand la question est posée à une personne dans la rue sans être contextualisée que lorsque la sélection des extraits est faite pour être diffusée pendant le journal télé.</p>

<p>Le choix de la question est crucial, parce qu’il permet de cadrer la réponse ; à moins de tomber sur une militante aguerrie, un gars qui connaît le sujet, la réponse sera automatiquement dans les limites de l’énoncé. Si deux choix sont donnés, arbitrairement, rarement un troisième sera préféré par une personne qui aurait bien en tête le contexte de la question. Face à une question fermée, il est toujours difficile d’expliquer que « c’est plus compliqué que ça » — et comme c’est trop long pour le format, ça ne sera pas retenu, ou très coupé.</p>

<p>Je ne pense pas que les gens, en majorité, soient stupides ou égoïstes ; un très bon exemple est la Convention citoyenne pour le climat qui avait montré en 2020 qu’un échantillon de la population tiré au sort, avec un peu de temps et d’information, était parfaitement capable de décider d’un ensemble cohérent de mesures pertinentes et plus drastiques que ne l’avaient fait les gouvernements des décennies précédentes. Or il n’échappera à personne qu’un micro-trottoir ne ressemble que très peu à une Convention citoyenne — c’est une situation qui amène rarement des réponses pertinentes.</p>

<h2 id="sachez-quoi-penser">Sachez quoi penser</h2>

<p>Tant pis si la forme du micro-trottoir ne donne que des avis creux et non éclairés : ils seront présentés tels quels au public, comme s’ils donnaient un aperçu de <em>l’opinion</em>, de <em>ce que pensent les Françaises et les Français</em>. Et si c’est ce que les gens pensent, c’est ce qu’on doit penser aussi quand on regarde le JT — avec bien souvent le choix entre un centre mou et une droite dure. La réforme des retraites ? On n’a pas le choix. Sarkozy en prison ? Quand même, quelle image on donne de la France. Taxer les riches ? Ah non, ils risquent de partir… Pas besoin d’éditorialistes en plateau quand on peut faire dire la même chose qu’eux directement par <em>les vrais gens</em>.</p>

<p>Le micro-trottoir est du même acabit que le sondage d’opinion : questions biaisées, échantillon pourri, contexte inadapté… mais résultat très présentable. De la merde, mais bien emballée.</p>

<p>Et oui, on aura l’occasion d’en parler, des sondages, parce que des élections arrivent et qu’on va encore s’en taper un paquet. Alors que si tout le monde faisait <a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/040122/sondages-sont-ils-tous-bidon">comme Mediapart</a>…</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-10-16-micro-trottoir-mega-arnaque</guid>
      <pubDate>Thu, 16 Oct 2025 16:40:33 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Manger ou taxer les riches ?</title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-10-08-manger-ou-taxer-les-riches</link>
      <description>&lt;![CDATA[Où l’on ne parlera ni de gouvernement, ni de démission, ni de dissolution parce que comme vous l’aurez remarqué ça bouge un peu vite. Et je risquerais d’être grossier.thumbnail&#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Manger&#xA;&#xA;« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger », écrivait ironiquement et il y a bien longtemps un gars qui a tellement la cote chez les bourgeois qu’ils utilisent son pseudo pour désigner le français, alors que toute son œuvre les tourne en ridicule. N’empêche : il faut manger. Il faut manger, et tant qu’à faire manger des trucs qui ne nous font pas crever… Or manger sainement n’est à la portée de toutes les bourses aujourd’hui, même en France – ni même tout simplement manger assez.&#xA;&#xA;Les Restos du Cœur ne désemplissent pas, et c’est sous Emmanuel Macron qu’on a vu apparaître dans les universités des files interminables d’étudiant·es venant chercher une aide alimentaire. Les cancers sont de plus nombreux dans la population, et l’alimentation est un des nombreux facteurs qui expliquent cette augmentation. Comme si ça ne suffisait pas, les personnes qui produisent ce qu’on mange, paysan·nes et employé·es agricoles, sont trop souvent touchées par la précarité (oui, elles aussi : en même temps il y a 11 millions de pauvres en France).&#xA;&#xA;small&#xA;Un point rapide sur le sujet cancer &amp; alimentation :&#xA;&#xA;ce dont on est sûr, c’est qu’une alimentation déséquilibrée est directement responsable d’une partie des cancers&#xA;pour ce qui est des pesticides, ce que je peux dire c’est que l’Inserm écrivait en 2021 que si les risques directs via l’alimentation « semblent maîtrisés », les effets cocktail (interactions entre plusieurs pesticides) sont trop peu étudiés — et quand ils le sont on a plutôt de bonnes raisons de vouloir les éviter.&#xA;/small&#xA;&#xA;Je m’aperçois que j’ai peut-être fait une bêtise en me mettant enfin à ce blog : c’est très difficile de rester concentré sans partir dans tous les sens et me perdre dans des recherches. Croyez-moi, je me fais violence pour ne pas évoquer la question éthique et le véganisme ou comment la bouffe est située socialement. Trêve de digressions donc, et place à la solution à tous les problèmes ou presque ; parlons de la sécurité sociale de l’alimentation.&#xA;&#xA;Difficile de faire plus simple et efficace : et si on étendait la Sécu pour permettre à tout le monde, en plus de se soigner, de s’alimenter correctement tout en assurant une rémunération correcte aux travailleur·ses du secteur ? Voilà. Pour en savoir plus, le site du collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation est un très bon début.&#xA;&#xA;La Sécu a 80 ans cette année, 80 ans à nous soigner et 80 ans à être attaquée par tous ceux qui pensent qu’ils valent mieux que les autres parce qu’ils ont de l’argent, eux. 80 ans qu’elle fonctionne plutôt pas mal et en tout cas bien mieux que les autres solutions. Plutôt que de rester en défense et de laisser les forces réactionnaires grignoter progressivement nos conquêtes sociales, ne serait-il pas temps de (re)passer à l’offensive en étendant l’une des plus belles ?&#xA;&#xA;small&#xA;C’est l’objet d’une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par la gauche fin 2024.&#xA;/small&#xA;&#xA;Taxer les riches&#xA;&#xA;Dans le style « mesure de gauche qui marche bien dans le débat public », difficile de faire mieux que la désormais fameuse « taxe Zucman ». Beaucoup a déjà été dit dessus, elle semble avoir les faveurs de l’opinion (mais je ne mettrai pas de lien vers un sondage, parce que les sondages c’est – pardon – de la merde en barre, on en parlera un jour) il y a même une pétition sur le site de l’Assemblée nationale, mais j’avais envie de faire une synthèse rapide ici.&#xA;&#xA;small&#xA;Cette mesure fait elle aussi l’objet d’une proposition de loi déposée par la gauche, votée en première lecture à l’Assemblée avant d’être rejetée par le Sénat ; le travail n’est pas terminé.&#xA;/small&#xA;&#xA;Le principe : mettre en place un impôt plancher pour les (vraiment plus) riches, en l’occurrence ceux qui disposent d’un capital supérieur à 100 MILLIONS d’euros, pour qu’ils paient au total au moins de 2 % de celui-ci chaque année. Dit comme ça, on peut avoir l’impression en fonction de sa sensibilité d’un truc énorme ou au contraire ridicule, d’un « délire communiste » lorsqu’on est patron de Bpifrance où d’une « capitulation » lorsqu’on est un économiste de gauche radicale. Je ne vous cache pas que je suis plus proche politiquement du second, ce qui ne m’empêche pas de n’être pas tout à fait d’accord.&#xA;&#xA;La taxe Zucman n’est assurément pas un délire communiste, ni effectivement une mesure révolutionnaire, une offensive-vraiment-de-gauche contre les forces capitalistes : c’est avant tout une mesure d’égalité devant l’impôt.&#xA;&#xA;En effet, il est avéré qu’en France le taux d’imposition est généralement progressif (plus on gagne, plus on donne une part élevée de ses revenus) sauf pour les très hauts revenus, justement ces ultra-riches qui représentent environ 0,1 % de la population : en d’autres termes, tout le monde paie une part d’impôt plutôt juste sauf les plus riches. C’est possible parce que lesdits ultra-riches ne touchent pas un ultra-salaire, une ultra-paie avec une fiche au bas de laquelle on pourrait ajouter une jolie ligne d’ultra-taxe : c’est leur capital qui rapporte, par une flopée de mécanismes qu’on connaît très mal lorsqu’on ne fait pas partie du club des gens qui n’ont pas besoin de vendre leur force de travail pour vivre — si vous me lisez il y a des chances que vous apparteniez plutôt à ce que les marxistes appellent le prolétariat.&#xA;&#xA;C’est une bonne situation, ça, capitaliste ? Plutôt, oui : avoir du fric (plus qu’on ne peut en dépenser même en essayant très fort, je veux dire) ça rapporte, facilement entre 6 % et 10 % par an, et ça donne une situation où les richesses sont de plus en plus concentrées entre les mains de quelques-uns. Dans ce contexte, « taxer à hauteur de 2 % du patrimoine » c’est s’assurer que ceux qui disposent d’un attirail d’artifices pour se soustraire à l’impôt mettront quand même une partie de leurs revenus au pot commun. « Ce n&#39;est vraiment pas beaucoup » mais c’est « nécessaire », résume le prix Nobel d&#39;économie Joseph Stiglitz.&#xA;&#xA;Ni symbolique ni confiscatoire, cette mesure ne va pas mettre fin à la domination des bourgeois : simple et concrète, c’est une correction à la marge en attendant de repasser à l’attaque.&#xA;&#xA;Manger les riches ?&#xA;&#xA;Vous l’aurez compris, le « ou » du titre était trompeur : manger c’est important, taxer les riches aussi. Les bouffer eux, littéralement, n’est pas une solution pérenne pour nourrir tout le monde. C’est en revanche un slogan plutôt marrant et le titre d’un bouquin de Nora Bouazzouni que je m’autorise à recommander même si je ne l’ai pas lu : Mangez les riches.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;C’est la fin de ce second billet, c’est un peu frustrant parce que ça m’a pris du temps de l’écrire (pour bien sourcer mes propos) et j’ai l’impression que c’est quand même pas bien consistant. Mais j’ai les idées claires, c’est déjà ça !]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Où l’on ne parlera ni de gouvernement, ni de démission, ni de dissolution parce que comme vous l’aurez remarqué ça bouge un peu vite. Et je risquerais d’être grossier.<img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251008.png#hidden" alt="thumbnail"></p>



<h2 id="manger">Manger</h2>

<p>« Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger », écrivait ironiquement et il y a bien longtemps un gars qui a tellement la cote chez les bourgeois qu’ils utilisent son pseudo pour désigner le français, alors que toute son œuvre les tourne en ridicule. N’empêche : il faut manger. Il faut manger, et tant qu’à faire manger des trucs qui ne nous font pas crever… Or manger sainement n’est à la portée de toutes les bourses aujourd’hui, même en France – ni même tout simplement manger assez.</p>

<p>Les Restos du Cœur ne désemplissent pas, et c’est sous Emmanuel Macron qu’on a vu apparaître dans les universités des files interminables d’étudiant·es venant chercher une aide alimentaire. Les cancers sont de plus nombreux dans la population, et l’alimentation est un des nombreux facteurs qui expliquent cette augmentation. Comme si ça ne suffisait pas, les personnes qui produisent ce qu’on mange, paysan·nes et employé·es agricoles, sont trop souvent touchées par la précarité (oui, elles aussi : en même temps il y a <a href="https://actu.fr/economie/11-millions-de-pauvres-en-france-et-des-inegalites-de-patrimoine-qui-se-creusent-toujours-plus-selon-l-insee_61751477.html">11 millions de pauvres en France</a>).</p>

<p><small>
Un point rapide sur le sujet cancer &amp; alimentation :</p>
<ul><li>ce dont on est sûr, c’est qu’une alimentation déséquilibrée est directement responsable <a href="https://www.ligue-cancer.net/nos-missions/la-prevention-des-cancers/alimentation-et-cancers">d’une partie des cancers</a></li>
<li>pour ce qui est des pesticides, ce que je peux dire c’est que l’Inserm <a href="https://www.inserm.fr/wp-content/uploads/2021-06/inserm-expertisecollective-pesticides2021-synthese.pdf">écrivait en 2021</a> que si les risques directs via l’alimentation « semblent maîtrisés », les effets cocktail (interactions entre plusieurs pesticides) sont trop peu étudiés — et <a href="https://www.theguardian.com/environment/2025/jul/19/pesticides-mix-pregnancy-complications-study">quand ils le sont</a> on a plutôt de bonnes raisons de vouloir les éviter.
</small></li></ul>

<p>Je m’aperçois que j’ai peut-être fait une bêtise en me mettant enfin à ce blog : c’est <em>très difficile</em> de rester concentré sans partir dans tous les sens et me perdre dans des recherches. Croyez-moi, je me fais violence pour ne pas évoquer la question éthique et le véganisme ou <a href="https://video.blast-info.fr/w/tfDJQtuoioe3bXAvRoXbPR">comment la bouffe est située socialement</a>. Trêve de digressions donc, et place à la solution à tous les problèmes ou presque ; parlons de <strong>la sécurité sociale de l’alimentation</strong>.</p>

<p>Difficile de faire plus simple et efficace : et si on étendait la Sécu pour permettre à tout le monde, en plus de se soigner, de s’alimenter correctement tout en assurant une rémunération correcte aux travailleur·ses du secteur ? Voilà. Pour en savoir plus, le site du <a href="https://securite-sociale-alimentation.org/la-ssa/a-propos-de-la-securite-sociale-de-lalimentation/">collectif pour une Sécurité sociale de l’alimentation</a> est un très bon début.</p>

<p><a href="https://www.humanite.fr/en-debat/editorial/securite-sociale-80-ans-et-lavenir-devant">La Sécu a 80 ans cette année</a>, 80 ans à nous soigner et 80 ans à être attaquée par tous ceux qui pensent qu’ils valent mieux que les autres parce qu’ils ont de l’argent, eux. 80 ans qu’elle fonctionne plutôt pas mal et en tout cas <a href="https://lafabrique.fr/la-bataille-de-la-secu/">bien mieux que les autres solutions</a>. Plutôt que de rester en défense et de laisser les forces réactionnaires grignoter progressivement nos conquêtes sociales, ne serait-il pas temps de (re)passer à l’offensive en étendant l’une des plus belles ?</p>

<p><small>
C’est l’objet d’une <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0386_proposition-loi">proposition de loi</a> déposée à l’Assemblée nationale par la gauche fin 2024.
</small></p>

<h2 id="taxer-les-riches">Taxer les riches</h2>

<p>Dans le style « mesure de gauche qui marche bien dans le débat public », difficile de faire mieux que la désormais fameuse « taxe Zucman ». Beaucoup a déjà été dit dessus, elle semble avoir les faveurs de l’opinion (mais je ne mettrai pas de lien vers un sondage, parce que les sondages c’est – pardon – de la merde en barre, on en parlera un jour) il y a même <a href="https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-3008">une pétition sur le site de l’Assemblée nationale</a>, mais j’avais envie de faire une synthèse rapide ici.</p>

<p><small>
Cette mesure fait elle aussi l’objet d’une <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0768_proposition-loi">proposition de loi</a> déposée par la gauche, votée en première lecture à l’Assemblée avant d’être rejetée par le Sénat ; le travail n’est pas terminé.
</small></p>

<p>Le principe : mettre en place un impôt plancher pour les (vraiment plus) riches, en l’occurrence ceux qui disposent d’un capital supérieur à 100 MILLIONS d’euros, pour qu’ils paient au total au moins de 2 % de celui-ci chaque année. Dit comme ça, on peut avoir l’impression en fonction de sa sensibilité d’un truc énorme ou au contraire ridicule, d’un <a href="https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/on-devrait-dresser-des-statues-a-pinault-et-niel-plutot-que-de-leur-prendre-2-le-patron-de-bpifrance-tire-a-boulets-rouges-contre-la-taxe-zucman-un-delire-communiste_AD-202509170397.html">« délire communiste »</a> lorsqu’on est patron de Bpifrance où d’une <a href="https://frustrationmagazine.fr/taxe-zucman">« capitulation »</a> lorsqu’on est un économiste de gauche radicale. Je ne vous cache pas que je suis plus proche politiquement du second, ce qui ne m’empêche pas de n’être pas tout à fait d’accord.</p>

<p>La taxe Zucman n’est assurément pas un délire communiste, ni effectivement une mesure révolutionnaire, une offensive-vraiment-de-gauche contre les forces capitalistes : c’est avant tout une mesure d’égalité devant l’impôt.</p>

<p>En effet, <a href="https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2023/06/Note_IPP_Billionaires-version-actualisee.pdf">il est avéré</a> qu’en France le taux d’imposition est généralement progressif (plus on gagne, plus on donne une part élevée de ses revenus) sauf pour les très hauts revenus, justement ces ultra-riches qui représentent environ 0,1 % de la population : en d’autres termes, tout le monde paie une part d’impôt plutôt juste <em>sauf les plus riches</em>. C’est possible parce que lesdits ultra-riches ne touchent pas un ultra-salaire, une ultra-paie avec une fiche au bas de laquelle on pourrait ajouter une jolie ligne d’ultra-taxe : c’est leur capital qui rapporte, par une flopée de mécanismes qu’on connaît très mal lorsqu’on ne fait pas partie du club des gens qui n’ont pas besoin de vendre leur force de travail pour vivre — si vous me lisez il y a des chances que vous apparteniez plutôt à ce que les marxistes appellent le prolétariat.</p>

<p>C’est une bonne situation, ça, capitaliste ? Plutôt, oui : avoir du fric (plus qu’on ne peut en dépenser même en essayant très fort, je veux dire) ça rapporte, facilement entre 6 % et 10 % par an, et ça donne une situation où les richesses sont de plus en plus <a href="https://bsky.app/profile/maximecombes.bsky.social/post/3lyu56itnik2b">concentrées entre les mains de quelques-uns</a>. Dans ce contexte, « taxer à hauteur de 2 % du patrimoine » c’est s’assurer que ceux qui disposent d’un attirail d’artifices pour se soustraire à l’impôt mettront quand même une partie de leurs revenus au pot commun. « Ce n&#39;est vraiment pas beaucoup » mais c’est « nécessaire », <a href="https://www.bfmtv.com/economie/2-de-taxe-quand-on-accroit-sa-fortune-de-6-par-an-ce-n-est-vraiment-pas-beaucoup-le-prix-nobel-d-economie-joseph-stiglitz-juge-que-la-france-doit-faire-seule-la-taxe-zucman_AN-202510010593.html">résume le prix Nobel d&#39;économie Joseph Stiglitz</a>.</p>

<p>Ni symbolique ni confiscatoire, cette mesure ne va pas mettre fin à la domination des bourgeois : simple et concrète, c’est une correction à la marge en attendant de repasser à l’attaque.</p>

<h2 id="manger-les-riches">Manger les riches ?</h2>

<p>Vous l’aurez compris, le « ou » du titre était trompeur : manger c’est important, taxer les riches aussi. Les bouffer eux, littéralement, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=PUtI3xoaHx0">n’est pas une solution pérenne</a> pour nourrir tout le monde. C’est en revanche un slogan plutôt marrant et le titre d’un bouquin de Nora Bouazzouni que je m’autorise à recommander même si je ne l’ai pas lu : <em><a href="https://www.nouriturfu.com/nos-livres/mlr">Mangez les riches</a></em>.</p>

<hr>

<p>C’est la fin de ce second billet, c’est un peu frustrant parce que ça m’a pris du temps de l’écrire (pour bien sourcer mes propos) et j’ai l’impression que c’est quand même pas bien consistant. Mais j’ai les idées claires, c’est déjà ça !</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-10-08-manger-ou-taxer-les-riches</guid>
      <pubDate>Wed, 08 Oct 2025 10:20:02 +0000</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Écrire, penser </title>
      <link>https://blog.de-lacom.be/2025-10-01-ecrire-penser</link>
      <description>&lt;![CDATA[Absolument, je commence un blog. En 2025. &#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;J’aime écrire. Si je le fais peu, c’est que je peine à trouver des sujets, ou plutôt à choisir des sujets ; je remplace ça par de courtes diatribes sur deux réseaux sociaux, dans un format qui laisse peu de place au développement et à la nuance. C’est la raison d’être de ce blog : d’une part me donner la place de mieux structurer mes réflexions, d’autre part m’astreindre à une certaine régularité — ça fonctionne pour le sport, pour la musique, pas de raison que je ne l’applique pas à l’écriture !&#xA;&#xA;M’offrir chaque semaine un peu de temps consacré aux mots, voilà donc l’objectif. Ce sera l’occasion de poser ce qui m’a inspiré, intéressé, révolté ; ce qui m’a fait sourire ou serrer les dents. Et je ne trompe personne, ce sera souvent cette dernière option. J’ai un rapport au monde très, disons, collectif : c’est ce qui se passe près et loin de moi, pour les autres, qui fait mes joies et mes peurs, bien plus que ma propre vie. Je suis parfaitement conscient que c’est très lié à mon statut de privilégié, si j’avais vraiment des problèmes j’aurais sans doute moins le loisir d’aller en chercher ailleurs ; mais voilà, je suis personnellement très heureux et humainement terrifié. J’essaie depuis des années de répondre à ça par l’engagement, de diverses façons, en balançant entre optimisme critique et découragement absolu.&#xA;&#xA;Sarkozy en prison, presse en liberté&#xA;&#xA;La semaine passée est une bonne illustration de cette dichotomie. Nicolas Sarkozy va passer (bientôt) cinq ans (ou moins on verra) en prison (j’y croirai quand ce sera fait). Bon. Je précise que ça n’est pas de la prison que je me réjouis, il y a plein de bonnes raisons de souhaiter la disparition de cette institution, mais on peut célébrer le fait que la justice atteigne aussi parfois ceux dont toute la vie a été menée avec l’impunité que donne le pouvoir. Mais il aura fallu pour ça toute l’énergie de journalistes, d’avocat·es, de victimes aussi. On mesure à peine ce qu’on doit à la presse libre, représentée ici par Mediapart (qui comptait au 31 décembre 2024 234 277 abonné·es, ce qui est à mon avis bien peu). Comprenez que, si j’ai passé une excellente soirée le 25 septembre notamment en regardant l’émission (en accès libre) de Mediapart À l’air libre sur cette condamnation historique d’un ancien chef d’État, la victoire est amère.&#xA;&#xA;Il faut voir l’ampleur de l’offensive contre ladite presse libre que mènent quelques milliardaires à travers les médias qu’ils possédent, il faut voir les liens qui unissent Nicolas Sarkozy aux organes de presse ou de télévision qui lui donnent la parole et clament à longueur d’éditos son innocence, crient au complot des juges et des médias. Ironique quand au même moment des membres de l’AFO, un groupe d’extrême droite largement composé d’anciens militaires qui projetaient des attentats antimusulmans, ont écopé de peines plutôt légères. Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’ampleur de l’entreprise de fabrique de l’opinion à laquelle on fait face.&#xA;&#xA;Abonnez-vous&#xA;&#xA;Cette presse libre, indépendante, il faut relever qu’elle s’organise ! On va avoir un mois d’octobre réjouissant, avec le lancement de deux initiatives complémentaires :&#xA;&#xA;le Portail des médias indépendants géré par Basta!&#xA;l’offre d’abonnement mutualisée La Presse Libre, qui réunit Arrêt sur images, Reflets, Next, Rue89 Bordeaux/Lyon/Strasbourg, Politis et Mediacités&#xA;&#xA;Moi qui parle d’écrire, je me réjouis d’avance de pouvoir en lire davantage, et j’espère que le travail de ces rédactions que j’apprécie sera payant. L’enquête, le journalisme au long cours ont besoin de fonds pour tenir, et je compte bien pousser ami·es, collègues et camarades qui en ont les moyens à financer tout ça.&#xA;&#xA;Dans le genre « contribuer à son échelle », ma fierté des derniers jours : être contacté par une salariée en détresse, via une amie commune, pour l’aider à gérer sa situation. Les personnes qui me connaissent savent que je suis syndiqué, parce que j’en parle, que j’incite toujours autour de moi à s’organiser collectivement ; et si ça me permet d’aider des personnes qui en ont besoin, c’est bien — et ça m’aide à combattre mon sentiment d’inutilité.&#xA;&#xA;---&#xA;&#xA;J’arrête là pour aujourd’hui, je ne me suis pas fixé d’objectif de longueur. J’ai bien occupé une partie de mon mercredi non travaillé — je suis salarié à temps partiel parce que si j’aime mon travail je déteste le travail, j’aurai sans doute l’occasion d’en parler si je parviens à développer cette habitude d’écriture. Je n’ai évidemment pas évoqué tout ce qui m’occupe l’esprit en ce moment, à commencer par ce qui continue de se passer en Palestine ; faute d’en parler, je porte aujourd’hui encore ce keffieh que je mets souvent depuis quelques années. C’est l’automne, et la température le rend tout à fait adapté.&#xA;&#xA;Vive la lutte, et vive l’automne.]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Absolument, je commence un blog. En 2025. <img src="https://blog.de-lacom.be/thumbnails/20251001.png#hidden" alt=""></p>



<p>J’aime écrire. Si je le fais peu, c’est que je peine à trouver des sujets, ou plutôt à <em>choisir</em> des sujets ; je remplace ça par de courtes diatribes sur deux réseaux sociaux, dans un format qui laisse peu de place au développement et à la nuance. C’est la raison d’être de ce blog : d’une part me donner la place de mieux structurer mes réflexions, d’autre part m’astreindre à une certaine régularité — ça fonctionne pour le sport, pour la musique, pas de raison que je ne l’applique pas à l’écriture !</p>

<p>M’offrir chaque semaine un peu de temps consacré aux mots, voilà donc l’objectif. Ce sera l’occasion de poser ce qui m’a inspiré, intéressé, révolté ; ce qui m’a fait sourire ou serrer les dents. Et je ne trompe personne, ce sera souvent cette dernière option. J’ai un rapport au monde très, disons, collectif : c’est ce qui se passe près et loin de moi, pour les autres, qui fait mes joies et mes peurs, bien plus que ma propre vie. Je suis parfaitement conscient que c’est très lié à mon statut de privilégié, si j’avais vraiment des problèmes j’aurais sans doute moins le loisir d’aller en chercher ailleurs ; mais voilà, je suis <em>personnellement</em> très heureux et <em>humainement</em> terrifié. J’essaie depuis des années de répondre à ça par l’engagement, de diverses façons, en balançant entre optimisme critique et découragement absolu.</p>

<h2 id="sarkozy-en-prison-presse-en-liberté">Sarkozy en prison, presse en liberté</h2>

<p>La semaine passée est une bonne illustration de cette dichotomie. <strong>Nicolas Sarkozy va passer</strong> (bientôt) <strong>cinq ans</strong> (ou moins on verra) <strong>en prison</strong> (j’y croirai quand ce sera fait). Bon. Je précise que ça n’est pas de la prison que je me réjouis, il y a plein de bonnes raisons de souhaiter la disparition de cette institution, mais on peut célébrer le fait que la justice atteigne aussi parfois ceux dont toute la vie a été menée avec l’impunité que donne le pouvoir. Mais il aura fallu pour ça toute l’énergie de journalistes, d’avocat·es, de victimes aussi. On mesure à peine ce qu’on doit à la presse libre, représentée ici par <em>Mediapart</em> (qui comptait <a href="https://infographics.mediapart.fr/custom-pages/assets/documents/rapport-impact/2025/mediapart-2024-en-chiffres.pdf">au 31 décembre 2024</a> 234 277 abonné·es, ce qui est à mon avis bien peu). Comprenez que, si j’ai passé une excellente soirée le 25 septembre notamment en regardant l’émission (en accès libre) de Mediapart <a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/250925/sarkozy-condamne-un-jugement-historique-pour-la-lutte-anticorruption">À l’air libre</a> sur cette condamnation historique d’un ancien chef d’État, la victoire est amère.</p>

<p>Il faut voir l’ampleur de l’offensive contre ladite presse libre que mènent quelques milliardaires à travers les médias qu’ils possédent, il faut voir les liens qui unissent Nicolas Sarkozy aux organes de presse ou de télévision qui lui donnent la parole et clament à longueur d’éditos son innocence, crient au complot des juges et des médias. Ironique quand au même moment des membres de l’AFO, un groupe d’extrême droite largement composé d’anciens militaires qui projetaient des attentats antimusulmans, <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/30/des-peines-legeres-au-proces-des-membres-du-groupe-d-ultradroite-antimusulman-afo_6643787_3224.html">ont écopé de peines plutôt légères</a>. Rien de nouveau sous le soleil, sinon l’ampleur de l’entreprise de fabrique de l’opinion à laquelle on fait face.</p>

<h2 id="abonnez-vous">Abonnez-vous</h2>

<p>Cette presse libre, indépendante, il faut relever qu’elle s’organise ! On va avoir un mois d’octobre réjouissant, avec le lancement de deux initiatives complémentaires :</p>
<ul><li>le <a href="https://portail.basta.media/">Portail des médias indépendants</a> géré par <em>Basta!</em></li>
<li>l’offre d’abonnement mutualisée <a href="https://labo.lapresselibre.info/">La Presse Libre</a>, qui réunit <em>Arrêt sur images</em>, <em>Reflets</em>, <em>Next</em>, <em>Rue89</em> Bordeaux/Lyon/Strasbourg, <em>Politis</em> et <em>Mediacités</em></li></ul>

<p>Moi qui parle d’écrire, je me réjouis d’avance de pouvoir en lire davantage, et j’espère que le travail de ces rédactions que j’apprécie sera payant. L’enquête, le journalisme au long cours ont besoin de fonds pour tenir, et je compte bien pousser ami·es, collègues et camarades qui en ont les moyens à financer tout ça.</p>

<p>Dans le genre « contribuer à son échelle », ma fierté des derniers jours : être contacté par une salariée en détresse, via une amie commune, pour l’aider à gérer sa situation. Les personnes qui me connaissent savent que je suis syndiqué, parce que j’en parle, que j’incite toujours autour de moi à s’organiser collectivement ; et si ça me permet d’aider des personnes qui en ont besoin, c’est bien — et ça m’aide à combattre mon sentiment d’inutilité.</p>

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<p>J’arrête là pour aujourd’hui, je ne me suis pas fixé d’objectif de longueur. J’ai bien occupé une partie de mon mercredi non travaillé — je suis salarié à temps partiel parce que si j’aime <em>mon</em> travail je déteste <em>le</em> travail, j’aurai sans doute l’occasion d’en parler si je parviens à développer cette habitude d’écriture. Je n’ai évidemment pas évoqué tout ce qui m’occupe l’esprit en ce moment, à commencer par ce qui continue de se passer en Palestine ; faute d’en parler, je porte aujourd’hui encore ce keffieh que je mets souvent depuis quelques années. C’est l’automne, et la température le rend tout à fait adapté.</p>

<p>Vive la lutte, et vive l’automne.</p>
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      <guid>https://blog.de-lacom.be/2025-10-01-ecrire-penser</guid>
      <pubDate>Wed, 01 Oct 2025 12:55:15 +0000</pubDate>
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