Tuto : être un connard pendant une canicule
Astuces pour nuire aux autres quand la vie est déjà compliquée, à ne surtout pas reproduire chez soi SVP.
Vous avez chaud, hein ? C’est normal. Pas « c’est normal c’est l’été », hein : c’est normal parce que c’est la conséquence logique du fonctionnement de notre civilisation thermo-industrielle, qui repose fondamentalement sur le fait de cramer tout ce qui est possible pour faire gagner toujours un peu plus de fric à quelques-uns. Et de nous bombarder autant que faire se peut de messages publicitaires sous toutes les formes imaginables pour qu’on contribue volontairement à ça et nous empêcher d’imaginer toute alternative. Oh et aussi de mettre massivement à mort d’autres animaux, parce que c’est plutôt rentable. Bref.
C’est normal, donc, et tout le monde a chaud. Enfin, là on se tape un bon gros épisode caniculaire dans l’Hexagone (qui bat tous les records maintenant, et sera jugé faiblard d’ici quelques années en comparaison), et c’est pas jojo, mais ça ne doit pas faire oublier que les conséquences du changement climatique sont déjà une réalité bien plus quotidienne depuis longtemps ailleurs dans le monde.
Ceci posé, place au tuto ! C’est pas tout de ne plus pouvoir respirer : pourquoi se priver si on peut rendre la vie des autres un peu plus désagréable ?
La première astuce nécessite la possession d’un véhicule climatisé — dans une société qui a organisé depuis longtemps sa dépendance à la bagnole, c’est assez courant. Prenez votre voiture, calez-vous dans une cour d’immeuble tôt le matin à la seule heure où les gens peuvent profiter d’un peu de fraîcheur et espérer aérer efficacement leur logement. Et là, surtout, gardez votre moteur allumé afin de jouir de votre clim’ ! Vous pourrez ainsi doublement faire chier : non seulement le bruit est insupportable, mais en plus les gaz d’échappement empêchent tout le monde de respirer. Combo.
Accessoirement, ça fait plus de 60 ans que c’est explicitement illégal.
La seconde astuce a également un prérequis : être propriétaire de son appartement — idéalement dans un immeuble mal isolé, avec pas mal de locataires. Mais si, vous savez, les locataires du parc privé dont le loyer sert à faire augmenter le patrimoine des bailleurs ? Ces bailleurs qui n’hésitent pas à louer des logements mal foutus, passoires en hiver et bouilloires en été ? Et notamment les 3.5 % des ménages qui possèdent chacun 5+ logements, et ensemble la moitié du parc locatif. Zut, je digresse encore.
Dans votre immeuble, donc, pas question de mettre en place des solutions collectives. Pas de problème, il vous suffit de faire installer rien que pour vous un climatiseur de type « split » (une pompe à chaleur air-air). Ces modèles ont en effet un gros avantage pour améliorer votre confort tout en dégradant celui des autres : l’unité extérieure (le gros machin qui fait du bruit et rejette l’air chaud) se place, ben, à l’extérieur. À l’extérieur, et idéalement très loin de vos fenêtres, plutôt juste à côté de celles des locataires susmentionnés. C’est comme le coup de la voiture, sauf qu’on remplace les gaz toxiques par de l’air chaud ! À vous la fraîcheur, aux autres le bruit et la sueur. Comme c’est très bien formulé dans cet article qui dit plein d’autres choses sur la climatisation, et pas que des mauvaises : on privatise la température de l’air.
Vous l’aurez compris, je n’ai pas été réveillé de la plus agréable des façons ce matin. Bon courage à toustes, et politisons ces canicules de merde !